Autour de l’homme Freud

Aspasia7En entrant dans l’appartement, on pénétrait dans le vestibule où se dressait à droite un porte-manteau. Le mobilier de la salle d’attente était victorien : un canapé en peluche rouge, une petite table ronde et deux chaises. Sur la table ronde il y avait une lampe et un album de famille que j’ai souvent regardé attentivement sans pouvoir toutefois identifier tous les personnages;

Dans la mesure ou Freud faisait une pause de cinq minutes entre chaque patient (et tout le monde arrivait en avance), il était rare que les gens se croisent dans le vestibule. Pour introduire les patients dans son bureau, Freud ouvrait la porte de la salle d’attente en leur tendant la main (il la leur tendait aussi quand ils partaient). On s’avançait et on entrait dans le bureau principal. Il était éclairé par une grande fenêtre ouvrant sur la cour où se dressait un grand châtaignier. Le divan, à cette époque, était appuyé au mur de gauche, il fut par la suite déplacé contre le mur du fond. Derrière le divan, le siège de Freud et, devant le siège, un crachoir en cuivre. Le mur en angle droit avec le divan, et qui faisait donc face à la fenêtre, était couvert d’une bibliothèque divisée en sections où Freud venait parfois consulter un livre pour vérifier une référence. C’est ainsi qu’un fois il se leva pour me montrer le poème de Goethe « L’apprenti sorcier » (« Der Zauberlehrling »). A environ cinq mètres du divan sur la gauche, il y avait une grande ouverture encadrée par deux pans de mur. Elle donnait sur la célèbre table de travail de Freud sur laquelle se trouvait une quantité de statuettes égyptiennes. Un poêle de porcelaine était logé dans la pan du mur de gauche. Sa table de travail qui regardait un petit balcon dominait le châtaignier et le jardin. L’appartement tout entier était à l’entresol.  

Extrait de « MON ANALYSE AVEC FREUD » Abram KARDINER

Si Abram Kardiner l’analysant de Freud avait poussé plus loin la description de la bibliothèque de Freud sans doute aurait-il pu apercevoir en bonne place « Sur la pierre blanche » d’Anatole France l’un des dix livres qui ont le plus marqué Freud. Il le cite dans un questionnaire sur la lecture. Le texte se présente en grande partie sous la forme de dialogues philosophiques, et contient des exposés sur le racisme et l’antisémitisme, le stoïcisme et sa critique, le développement du christianisme et le procès de Paul de Tarse, ainsi que sur la durée des civilisations et leurs transformations par les rencontres et les conflits entre les peuples. L’œuvre traite dans son ensemble de l’évolution de l’Humanité, et esquisse la possibilité d’une création des États-Unis du monde. Elle se termine par la description d’une utopie socialiste en l’an 2270, et par une remarque sur les limites biologiques et temporelles de l’espèce humaine, qui ont pour conséquence que non seulement l’Humanité disparaîtra, mais que d’autres espèces, peut-être plus intelligentes, prendront la suite.

Anatole France considérait Sur la pierre blanche comme l’une de ses œuvres les plus importantes, à côté de ses romans philosophiques.

« Sur la pierre blanche »: d’Anatole France.

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