Transfert

aspasia-yLe transfert terme utilisé par Freud pour la première fois en 1895 dans les Études sur l’hystérie est la traduction du terme allemand Übertragung qui signifie « report » en allemand.

Le terme de transfert s’est imposé plus tardivement en français.

Transfert provient vient du latin trans -ferre

Trans

Préverbe et préposition signifiant au-delà, par-delà de et qui marque un changement total comme transformare. Il a un équivalent en langue ombrienne, traf, tra et c’est la racine terere qui a fourni les formes verbales. Mais terere a un autre sens : user en frottant. En français  son utilisation  indique un au delà, souligne le passage et le changement.

Ferre

C’est à dire porter vient  originairement du grec Fero φέρω. Ce verbe est usuel dans tous les dialectes et de tout temps depuis le grec mycénien (pere) et Homère. Il deviendra en latin fero ferre.

GREC HOMERIQUE

Chez Homère on ne le rencontre qu’au présent ferte, φέρτε.

Iliade I 171

φέρτε δε χερσίν ύδωρ, apportez l’eau pour vos mains

Un autre usage de ce verbe signifie être enceinte, porter un bébé :

VII 58

Των μη τις υπεκφυγει αιπυν ολεθρον χείρας δ’ημετερας, μηδ’ον τινα γαστερι μητηρ κουρον έχοντα φεροι: Non qu’aucun d’eux n’échappe au gouffre de la mort,à nos bras pas même le garçon au ventre de sa mère

C’est de ce dernier sens que se  souviennent le latin et l’allemand notamment avec le verbe fertilis et gebären (porter). Nous y revenons plus bas.

Odyssée ε 164

ως σε φερησιν επ’ ηεροειδέα ποντον, pour qu’il te porte sur la mer brumeuse.

GREC MYCENIEN ET RACINE INDO-EUROPEENNE

Dans  le grec mycénien on trouve aussi la racine  faro,  φαρω, dans les dialectes du nord (eléen, locrien, phocidien). Au sens propre porter et supporter le malheur au sens figuré. Plusieurs formes existent avec des préverbes pour nuancer et préciser  le sens comme  ana, ανά, anti,  αντι-apo, απο, upo, υπo et dia, δια.

Cette racine mycénienne  pere /φέρει  provient  elle-même de la première racine indo-européenne bher- ferno -φέρνω soit du sanscrit bharati. De là donc viendra en latin Fero et fertilis, fertile au sens de porter  dans l’utérus  et ce qui donnera  être enceinte en anglais to bear a baby et en allemand gebåren-e, de l’ancien allemand bara (bahre, bier),comme en latin fero ventrem, je suis enceinte.

Cette dernière nuance enrichit le sens du transfert en psychanalyse, le patient est fertilisé par l’analyste pour se connaître. Il est remarquable de noter que le mot farmakon médicament- poison provient de la même racine  faro.

Chez Sophocle

Oedipous tyr.119

tας ευδαιμονιας φέρει  littéralement qui obtient plus de bonheur

Œdipe à Kolone 651

Ουκου° ν πέρα γ’αν ουδέν η λόγω φερειν, il ne t’apporterait d’ailleurs rien de plus que ma parole.

Chez Platon

Fére φέρει a plusieurs significations comme porter, supporter une épreuve, mouvoir, se porter, se mouvoir au sens passif. Enfin on le trouve aussi au sens de remporter, récompenser, rapporter.

La République VII 538 c

Αλλά πη προς τους απτομενους των λόγων αυτή φέρει η εικωv, mais par où cette comparaison s’applique-t-elle à ceux qui abordent la dialectique

Phèdre  256

d Ώστε ου σμικρον  άθλον της ερωτικής μανίας φέρονται, aussi n’est-il pas de mince valeur le prix qui récompense leur folie amoureuse.

Lettres VII

328 b 4

Άι επιθυμιαι πολλάκις εαυταις ενάντια φερομεναι, car les passions (des hommes) changent souvent en leur contraire.

Sophiste 237 c 10-11

Ουκουν επειπερ ουκ επι το ον, ουδ’επι το τι φέρων ορθώς αν τις φέροι comprendre  Or s’il n’est pas porté sur l’être, personne ne le portera correctement non plus sur une chose déterminée ;

 Chez les ROMAINS

Le verbe latin fero a plusieurs significations : porter,  porter le nom, supporter, présenter, comporter, raconter, obtenir, emporter, déplacer, diriger, se ferre=se porter.

Cicéron

République 1, 50

Optimates qui ferat? Qui supporterait l’aristocratie?

Cic.Fin 2,54

Ferre ad plebem, vellente, porter devant le peuple la question de savoir si on voulait,

CIC.c 45

Aliquem judicem ferre, proposer quelqu’un comme juge.

Ci.Nat. 3,57

Ut ferunt, ut fertur, on rapporte comme on rapporte.

FRANCAIS

Le verbe transférer emprunté du latin transferre en 1355 est employé dans la Vulgate translatus  du latin translatare rédiger, traduire. Transférer, faire passer d’un lieu dans un autre reste rare et reçoit une spécification juridique au XVème siècle : transmettre la propriété d’une personne à une autre.

Le mot transfert est un latinisme de comptable emprunté du latin en 1715. Il est employé dans les registres commerciaux, transfert des capitaux (1929). Il se spécialise dans le langage médical et psychologique par traduction du terme anglais transference of feeling.

Transfert chez Freud et les  prédécesseurs

C’est le physiologiste E.H.Weber qui introduit le terme de transfert en 1834 dans le champs de la psychologie expérimentale pour désigner la facilitation d’une activité par l’exécution antérieur d’une tâche analogue, les progrès obtenus dans d’apprentissage d’une certaine forme d’activité entraînent une amélioration dans l’exercice d’une activité différente.

En 1884 dans son application à la relation thérapeutique R.Kleinpaul  caractérise par transfert la mutation du langage de gestes en un langage de mots. Freud a appris le terme en français par Charcot à la  Salpêtrière en 1885. Charcot appelait la « méthode des transferts » une thérapie pour traiter l’hystérie par un aimant qui transférait l’anesthésie d’une jambe à l’autre jusqu’à la disparition du symptôme. Babinski a fait évoluer la méthode en effectuant des transferts d’un patient à un autre et  en supprimant l’aimant parce-que il avait compris que tout était un affaire de suggestion.

Freud dans ses premiers articles utilise le terme transfert en français et au pluriel comme à la Salpêtrière.

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