FSC0265_impQuelques remarques à propos de l’étymologie du mot hystérie
et de ses sens anciens


En travaillant sur l’étymologie du terme hystérie on s’aperçoit que la racine sanscrite et grecque allie deux sens qui se côtoient en un seul vocable. Hystérie signifiant la « matrice » et en même temps la locution temporelle « par la suite », voire « ensuite». Le temporel et la matrice sont ici réunis ce qui qui mérite, au regard de la définition freudienne et de sa formule « l’hystérique souffre de réminiscence », une réflexion, voire une rêverie de la part de tous ceux qui se sentent concernés par la psychanalyse et la découverte freudienne de l’inconscient soit ce que l’on découvre après dans un temps second sur la scène de la cure – L’internaute trouvera recensé les principales occurrences de ce terme depuis Homère à Freud où l’on découvre que pour les grecs anciens l’hystérie était une maladie organique qui commençait par l’utérus pour affecter le corps entier. L’origine de la maladie était de nature sexuelle et le traitement proposait le mariage pour les jeunes filles souffrantes.

EN SANSCRIT

La racine vient du sanscrit uttaras d’où le superlatif uttamas, qui veut dire « plus haut, qui vient après le suivant ».

Occurrences chez les auteurs grecs

CHEZ HOMERE

La racine υστερος (hysteros) marque toujours une succession temporelle et spatiale  qui veut dire « ce qui vient après, ensuite, ou par derrière ». Ainsi:

Le premier (est) Phégée puis à son tour Tydée attaque bronze au poing » L’Iliade, V17)

Φηγευς ρα πρότερος….ο δ’ υστερος ωρνυτο χαλκω Τυδειδης.

Υστερο (hystero) veut dire pour Homère « ensuite, après ». Ainsi, l’expression « nous verrons plus tard » est dans l’Odyssée, XVI : αλλ’υστερα ταύτα πενησθαι (V319), où υστερα (hystera) est utilisé comme adverbe.

Mais υστος (hystos), υστερος (hysteros) désigne aussi un lieu : le ventre (υστερος, ύστερα, en sanscrit udàra-m qui signifie « ventre »), cet ajout qui deviendra en latin utérus (udero-os) de uderos, υδερος, udàra.

SOPHOCLE

Dans Antigone, 746
Ω on trouve

Αh ! fi! Quelle bassesse ! Se mettre aux ordres d’une femme !

μιαρον ήθος και γυναικός ύστερον

Υστερον (hysteron) chez Sophocle signifie de se soumettre aux ordres d’une femme, d’aller υστερα (hystera), c’est-à-dire derrière elle, de la suivre au lieu d’être suivi par elle. Dans cet exemple de Sophocle, ύστερως (hysteros) correspond à l’adverbe temporel qui signifie « ensuite » (ύστερα en grec moderne), et pas à υστέρα qui signifiait « matrice » en grec ancien.

HIPPOCRATE

Le sens du mot υστερα (hystera) change pour la première fois et devient « matrice » comme dans cet extrait de l’Ancienne Médecine (22,4) :

« Les parties à l’intérieur de l’homme qui ont une configuration naturelle de ce type sont la vessie, la tête et chez les femmes, la matrice ».

« Των δε έσω του ανθρώπου φύσης και σχήμα τοιουτον·κύστης τε και κεφαλή και υστέραι γυναιξιν ».

PLATON

Dans cet extrait du Timée, (91,b) on voit une définition remarquable de l’hystérie féminine :

« Pareillement, lorsque, chez les femmes, ce qu’on appelle la matrice ou l’utérus et qui est un être vivant possédé du désir de faire des enfants, est demeuré stérile longtemps après avoir dépassé l’âge propice, alors cet organe s’impatiente, il supporte mal cet état parce qu’il se met à errer de par tout le corps qu’il obstrue les orifices par où sort l’air inspiré et qu’il empêche la respiration, il jette le corps dans les pires extrémités et provoque d’autres maladies de toute sorte. Et cela dure, jusqu’à ce que le désir et l’amour de deux sexes s’étant joints puissent cueillir un fruit comme ceux des arbres et semer dans la matrice, comme dans un sillon, des vivants invisibles en raison de leur petitesse et encore informes…. »

Άι δ’εν ταΐς γυναιξί αυ μητραι τε και υστέραι λεγομεναι δια τα αυτά ταύτα,ζώον επιθυμητικον ενός της παιδοποιίας,όταν ακαρπον παρά την ωραν χρονον πολύν γιγνηται,χαλεπώς αγανακτούν φέρει,και πλανωμενον παντη κατα το σώμα,τας του πνεύματος διεξόδους αποφραττον,αναπνέοντας ουκ εων εις απορίας τας εσχατας εμβαλλει και νόσους παντοδαπάς άλλας παρέχει,μέχρι περ αν εκατερων η επιθυμία και ο έρως συναγαγοντες,οιον απο δένδρων καρμπόν καταδρεψαντες,ως εις αρουρα την μητραι αόρατα υπό σμικροτητος και αδιάλλακτα ζώα κατασπειραντες…

Nous avons ici la première définition de l’hystérie s’inscrivant une pure tradition hippocratique.

Un écrivain grec du 5ème siècle nommé Hesychios mentionne υστερα (hystera) comme υστος, γαστήρ, qui signifient « ventre », dans le sens du vagin comme l’organe dans le ventre qui est le plus bas après les autres parties.

Il semblerait bien que pour les grecs anciens l’hystérie était une maladie organique qui commençait par l’utérus pour affecter tout le corps. L’origine de la maladie était de nature sexuelle parce-que le traitement proposait le mariage pour les jeunes filles souffrantes —

En latin, le mot apparaît au 2ème siècle ap. J.-C. comme hystera qui signifie « matrice » et hysterica qui signifie « femme hystérique ». On trouve cette dernière occurrence chez Martial, poète espagnol, qui a écrit en latin vers la fin du 1er siècle ap. J.-C.

Quant au français, l’adjectif et nom hystérique entre dans la langue française en 1568 sous la forme hystericque venant du bas latin hystericus qui concerne la matrice et la femme malade de l’utérus. Ce Ces termes au début ne concernait que les femmes, puis le sens s’étend aux hommes avant qu’ils ne deviennent une notion essentielle en psychiatrie et en psychanalyse. Le mot matrix en latin veut dire « souche, origine » mais aussi « utérus ». L’origine de matrix, matrice, matière est un dérivé de mater qui signifie « mère » et vient aussi du grec μήτρα (mitra) qui signifie « utérus » et μητέρα (mitera) qui signifie « mère ».

Depuis le 18ème siècle le terme hystérie définit des troubles psychiques, neurologiques et fonctionnels très divers et prend le sens de l’exaltation. Ensuite, par les travaux de Charcot, il devient un ensemble de symptômes qui revêtent l’apparence des affections organiques sans lésions décelables. Plus tard, Freud définira la névrose hystérique et à partir d’elle la psychanalyse comme connaissance de ce qui passe derrière et en de -ça de la scène théâtrale de tout symptôme.

Delphine Schilton

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