Grece66De l’offrande et du don

Où le don est expliqué à travers le mythe de Prométhée et de son sacrifice pour que la civilisation des hommes advienne  

par Athanassios Alexandridis psychanalyste Grec.

L’Amour est le message attendu en ces temps de fête mais la notion me semble particulièrement flou et par conséquent susceptible  d’être  explicitée par à peu près n’importe quoi (que l’on se souvienne de  Woody Allen qui a tourné le provoquant, « Tous disent je t’aime ! »).

Il me semble pour ma part préférable  d’écrire sur la notion de l’Offrande et du Don.

L’avantage de ces deux notions est qu’elles partent de l’Acte, tandis que l’amour part du sentiment et il y reste facilement !. Pour le dire de manière plus sophistiquée : l’offrande et le don sont des signifiants pleins de signifiés allant jusqu’à la limite de l’aversion pour ce qui nous est offert ou donné. L’Amour peut être un signifiant vide en signifiés.

Pour le dire simplement : on est pauvre en actes essentiels et riches en paroles vides !

Un petit périple s’impose avant que de parvenir à l’explicitation de la dialectique de l’offrande et du don

L’aide au prochain, d’après Levinas, est un acte d’humanisation. Il nous permet de reconnaître dans le visage de l’autre, à travers sa douleur, notre propre visage caché. C’est une rencontre spectrale éminente qui nous positionne dans la dualité, créant ainsi le couple essentiel pour le fondement du lien social, à savoir le “Moi et mon Semblable Autre”. Mais, afin de s’ouvrir au collectif et à la création du lien social qui constitue aussi l’horizon profond que chercheraient à atteindre mes notes, il nous faut, au-delà du paramètre de l’aide à une personne qui est dans le besoin, d’autres paramètres, de durée constante.

L’anthropologue Claude Lévi-Strauss écrit dans “Les structures élémentaires de la parenté” (1967) qu’il y a trois structures mentales fondamentales qui constituent le social et qui sont présentes dans toutes les civilisations :

– L’exigence de la Règle en tant que Règle qui garantit au groupe que la distribution des biens s’effectuera de manière organisée et non pas aléatoire. Autrement dit, que l’offrande du commun au public sera institutionnalisée de manière à créer une règle commune.

– La réciprocité de l’offrande, entre individu ou entre individu et collectivité, en tant que condition qui inscrit et organise dans le contrat social l’opposition que j’ai dès le début, pour des raisons d’autoconservation ou d’égoïsme narcissique, avec l’autre.

– Le caractère reliant du don qui, comme acte, a de la Valeur en ce qu’il institue les associés, donateur et récepteur  (voir la valeur reliant du don dans les épopées homériques).

Ce qui est demandé est donc un  travail collectif, de la co-pensée, afin d’attribuer du sens et de faire acte ce qui, pour la société grecque contemporaine, peut constituer la règle commune, l’offrande réciproque et le don reliant.

Concluons par le paradigme grec de Prométhée qui propose une réflexion sur l’institution de la civilisation.  Ce paradigme de Prométhée

Martyre du rocher  est au reste faussement considéré par certains comme annonciateur  du martyre du Christ sur la croix, Prométhée ayant lui aussi a été  martyrisé pour que la civilisation des hommes advienne !

Prométhée  déclare qu’il « se martyrise » et  accepte son supplice non parce qu’il a donné le feu aux hommes mais parce qu’il leur a enseigné son usage. Ainsi, dit-il, il leur a montré comment sortir les métaux de la terre, comment trouver le précieux là où ils ne croyaient pas qu’il existe, comment construire des outils et, avec eux, faire avancer les arts de la vie. Et, chose étonnante, il dit encore qu’il leur a donné les mots comme des outils de la pensée !

Il se peut que le meilleur don qu’on puisse offrir ceux sont des outils…

Traduction relue par Delphine Schilton

titre-aspasia