Archives mensuelles : avril 2017

BC-500-AspasiaUne psychanalyse de proximité par Delphine Schilton

Je rêverai d’une psychanalyse intégrée à la vie quotidienne comme l’est la médecine générale ou la pratique du sport. Une psychanalyse de proximité voire de quartier qui serait représentée par des psychanalystes accessibles et investis dans la vie de la citée.

Ce psychanalyste là n’aurait pas peur de dispenser sa compréhension des choses de façon démocratique. Etant précisément un véritable analyste, il ne se sentira pas obligé non plus à des postures obséquieuses, des silences pédants, pour faire croire à l’immensité de sa science. Ce psychanalyste dument analysé lui -même (comprendre qui a expérimenté pour lui -même le changement)  mènera aux côtés des cures classiques  (cure type, psychothérapie analytique) un travail de psychanalyste de quartier comme le médecin de famille en son temps, il pourra intervenir dans les crèches, les entreprises, les mairies.

Dans le cas de la cure classique et des psychothérapies analytiques  l’écoute de ce qui se joue à l’insu du patient doit lui être restitué et le levier de cette restitution (l’un des leviers) est le transfert. Dans ce cas là, la restitution se fait au patient sous forme d’intervention ou d’interprétation, et ne doit pas se parer des atours de la bonne parole, la parole d’assistanat comme je l’appelle et qui brouille le message. L’interprétation est une énonciation précise, informative et éclairante qui permet au sujet en analyse de continuer à se penser (panser)   en évitant les ornières des répétitions délétères et mortifères. Voilà ce que fait le psychanalyste lorsqu’il conduit des analyses pendant que le patient se livre à l’exercice difficile de l’association libre.

Mais le psychanalyste dont je rêve est aussi quelqu’un de novateur dans sa pratique, qui travaille en mode ouvert et sur le mode consultatif. IL peut lors d’une consultation avec un adolescent, un couple,  une famille, une personne âgée  qui viendrait à lui,  sur les recommandations d’un généraliste de quartier par exemple, éclairer leur souffrance du moment au regard des acquis de la psychanalyse. Si quelqu’un comprend ce qui m’arrive alors tout n’est pas perdu. Le psychanalyste comprend tout de ce qui vous arrive. Les âges de la vie ça le connaît.

A la parole énigmatique qui le positionne dans des sphères inaccessibles, ce psychanalyste préférera expliquer à l ‘adolescent que l’on a tout à gagner à éclairer les conflits actuels à la lumière du passé.  Pour autant cela ne le ramènera pas violemment dans cette enfance dont il essaye de s’extirper, au prix d’efforts titanesques qui lui échappent.  L’adolescence est une extraction violente, une révolution corporelle, qui épuise et qui a pour effet que les adolescents,  entre autre et au hasard,  vont s’enfermer des heures dans des univers virtuels, tagger les parois métro ou encore s’adonner à des substances car tout décidément,  pour eux, manque de substance. Ce psychanalyste sait qu’un adolescent n’a pas du tout envie d’être évalué à l’aune de son enfance, trop proche trop pesante en dépendances multiples et que ses parents ne cessent de lui rappeler à son bon souvenir ne serait ce que par le seul présence à ses côtés.

A ceux qui lui objecteront que le passé est révolu ce psychanalyste pourra proposer l’idée que les racines sont toujours nécessaires à la vitalité de l’arbre. Aux jeunes adultes qui se disent « homo-trans–bi- ter etc. » et cela sans appel,  il fera appel justement  et introduira le doute car une sexualité c’est l’affaire d’une vie.

Aux couples qui se séparent dans le fracas de ce que l’autre a fait ceci et cela, il remontera le cours des choses et tentera de montrer aux uns comme aux autres,  qu’ils y ont leur part. Sinon à quoi bon se rendre chez le psychanalyste si l’on ne peut rien y faire. Le psychanalyste fait réfléchir et travailler les gens sur leur part dans l’affaire et c’est réjouissant de se dire que l’on y est pour quelque chose dans ce qui nous arrive car cela veut dire aussi que l’on va y pouvoir quelque-chose.

Aux personnes du troisième âge qui pense que tout est trop tard pour eux, il proposera l’idée qu’il n’est jamais trop tard pour se souffrir un peu plus et moins faire souffrir son entourage : comprendre qui l’on est reste un chemin. La  connaissance de soi, qui libère de l’autre en soi, est un message de la psychanalyse. Œdipe incapable de voir qu’il était à savoir  un enfant abandonné a inauguré le tragique de son destin. (cf. rubrique étymologie des mots de la psychanalyse). Ce message, cet analyste là le porterait haut ; ses paroles, lors de consultations psychanalytiques, récurrentes permettraient aux patients d’entrevoir les possibilités  d’un travail plus soutenu. J’imagine que ce psychanalyste connaitrait  les généralistes de son quartier, les pharmaciens, qui à leur tour n’hésiteraient pas à le solliciter. Bien entendu ce psychanalyste aura suffisamment travaillé son goût du pouvoir et de l’emprise pour y voir, le dérisoire que cela recouvre, et délesté de l’illusion de soi-même, se battra pour une psychanalyse vivante

Cet engagement dans la vie de la citée qui implique aussi de savoir manier les nouvelles technologies de comprendre le monde digital, de ne plus se fier aux anciennes catégories de la pensée, n’est certes pas à la portée de tous et certains s’y refuseront fermement. La question est alors de savoir si ce qui compte c’est le moi-je de l’analyste où l’avenir de la psychanalyse.

Enfin aux psychanalystes  qui  refusent de prendre en traitement des patients au prétexte que ceux-ci ne sont pas prêts à entreprendre un travail analytique cet analyste répondra  « qui pourrait les préparer mieux à ce chemin que le psychanalyste lui-même » Ne pas savoir accueillir celui qui ignore tout de son art n’est –ce pas refuser de transmettre  et refuser de transmettre n’est ce pas faire l’aveu que l’on a rien à donner car on a rien reçu. Les patients  eux ne s’y trompent pas.

Delphine Schilton

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