Archives mensuelles : mars 2016

femininLe paradigme cyberpornographique par François Richard

Notre époque est caractérisée par un mélange détonnant entre d’une part une montée de la violence et de l’irrespect dans les relations humaines et sociales, et d’autre part une préoccupation collective moralisatrice permanente accrue. Dans le conflit entre barbarie et civilisation analysé par Freud en 1929, on pouvait distinguer les forces en présence. Aujourd’hui, elles semblent se confondre. Le malaise dans la culture se transforme en confusion dès lors que l’intériorité ne garantit plus le lien de l’intime, parce qu’elle est traversée par les représentations et par les flux du monde extérieur.

L’intimité des sentiments amoureux tend à se déverser en demandes de conseils à l’entourage, selon une contrainte normative, concernant ce qui est bon ou mauvais, susceptible de mener vers un « être ensemble » socialement montrable ou au contraire ne pouvant que végéter dans un espace asocial. Forme nouvelle d’une vieille histoire ? Il y aurait dans la tension entre l’intériorité et ce qui s’affiche « une circularité confondante : l’intime serait bientôt le produit d’un spectacle que lui-même recèle. Le spectacle instituerait un intime qui, à son tour, créerait tel spectacle ». La bonne clôture d’un dedans où un désir personnel pourra être ressenti psychiquement dans une rétention minimale, paradigme de la conception freudienne du désir, est perturbée par une tendance à la réalisation la plus rapide possible des motions pulsionnelles. Celle-ci libère ce qui est sous-jacent au principe de plaisir, une répétitivité de plus en plus automatique du rythme de la pulsion et, corollairement, sa régrédience vers un simulacre de l’instinct animal, c’est-à-dire, finalement, vers une désexualisation de la pulsion dans son exercice même. Tout se passe aujourd’hui comme si de nombreux sujets étaient victimes d’une angoisse émergeant d’une activité sexuelle non perturbée (du moins en apparence).

La « névrose actuelle » dont parlait Freud était la conséquence d’une inhibition de l’exercice de la sexualité, la névrose actuelle contemporaine, corollaire de l’extériorisation et de la méconnaissance des conflits intrapsychiques, semble souffrir d’un excès de désinhibition : les deux ont pourtant en commun un même défaut d’élaboration psychique de l’intériorité. Comme l’écrit Michel Neyraut,

donner son avis au monde entier, tantôt sous forme anonyme, tantôt sous forme communautaire est devenu monnaie courante et même cotée en bourse. Dans le même temps, le boulevard du monde ayant remplacé la place du village, il est possible d’y faire des rencontres. L’analyse est bien menacée d’y laisser des plumes ! Mais dans le même temps se révèle, dans cette ruée de l’image de soi, ce que le for intérieur voulait garder par devers lui, avec le secret désir de le proclamer à la terre entière[1].

Le dérèglement du désir par des fonctionnements en processus primaires – qui empêchent la constitution d’une scène représentationnelle intérieure – correspond à une transposition de la socialité, par les technologies des réseaux sociaux et de l’empire d’internet, sur une nouvelle scène où l’échange doit trouver des conventions inédites entre transgression et néo-conformisme.

La pornographie apparait ici comme une forme susceptible de réunir désordre et discipline dans le style des images et des discours de la vie quotidienne, bien au-delà de la pornographie à proprement parler. Pensons au « porno chic » véhiculé par les magazines et la mode vestimentaires, dans son écart avec l’injonction parallèle de minceur corporelle comme signe de beauté. Mais cela va plus loin : les clichés spectaculaires du porno imprègnent les mots et les gestes des relations les plus intimes, jusqu’au point où il est vain de chercher à délimiter le stéréotype pornographique du sexuel véritable. Si, comme le dit Debord, le vrai est devenu un moment du faux, il faut ajouter qu’aujourd’hui, le faux est devenu un moment du vrai.

Par exemple la parole des femmes témoigne d’une difficulté à concilier le souhait de vivre une corporéité bien assumée et le souci d’une légèreté civilisée plus immatérielle. Il est certes possible de s’émanciper du système paradoxal de la minceur et des clichés du porno-chic, mais il en reste toujours quelque chose. Car un souci normatif généralisé et inquiet s’est infiltré, jusque dans les éprouvés corporels et au cœur de l’érotisme psychique au-delà des préoccupations omniprésentes sur le fait de savoir si l’on va savoir, ou pouvoir créer une vie de couple vraiment valable, tout en maintenant un droit à une liberté sexuelle se voulant complète. En ce sens, le réel et le spectacle fusionnent dans les standards pornographiques.

Économie libidinale adolescente

L’irruption pubertaire bouscule le moi de l’enfance et génère une qualité spécifique – parfois limitrophe de l’hallucinatoire – des représentations érotiques, entre perceptions plus intenses qu’auparavant et hantises imaginaires. Le recours à la consommation de pornographie peut encadrer cet envahissement, mais au prix d’une isolation et d’une déréalisation.

Les adolescents qui s’engagent dans un travail psychanalytique – le plus souvent dans le dispositif d’entretiens en face à face – témoignent d’une difficulté spécifique à intégrer la pulsionnalité pubertaire, ressentie comme effraction, et de la tentation corollaire de mettre en cause une excitation produite par des agents ou des situations extérieures. On pense ici au fantasme originaire de scène primitive sexuelle entre les parents, au risque de régression à des fixations prégénitales infantiles et, fondamentalement, à une ambiance familiale incestueuse susceptible d’engendrer une défense antisexuelle automatique : narcissisme, phobies, mais tout aussi bien impulsions contra-phobiques en direction d’actes sexuels clivés de l’investissement amoureux. Le recours à la pornographie peut contrôler l’effraction dans la mesure où le sujet la circonscrit et s’en éloigne à son gré, et, surtout, peut croire qu’il serait l’auteur des représentations qu’il consomme. Moses Laufer a mis en évidence, à propos des tableaux cliniques de ce qu’il appelle le breakdown[2], la prégnance d’un enfermement dans un imaginaire érotique morcelé, qui évolue vers un état schizoïde caractérisé par une déréalisation, tant des éprouvés corporels propres que des fantasmes – de plus en plus évanescents et littéralement insaisissables dans la compulsion masturbatoire. L’addiction masturbatoire adolescente hallucine l’objet, lequel perd sa consistance, au bénéfice d’une simplification : clichés, stéréotypies, mimétismes.

La pornographie serait nostalgique de l’objet d’amour génital. Elle définit, en effet, une situation de voyeurisme accompagné ou pas de masturbation et, foncièrement, de renoncement à la perspective d’un amour heureux. L’adolescent ou l’adulte pornophiles – consommateurs de matériel pornographique mais aussi imitateurs de formes pornographiques dans leurs pratiques sexuelles – exprimeraient l’excitation et le chagrin d’un enfant mis en présence trop précocement et trop brutalement de la sexualité des parents, dans une angoisse uniment dépressive et pulsionnelle[3]. Ils tendent à confondre la perte mélancolique de l’objet avec une impossibilité de trouver l’amour dans les rencontres amoureuses, thème amplement ressassé. Une logique obsessionnelle se met en place. Il faudra rétablir le contact avec un objet qui se dérobe par le truchement de procédés d’urgence : actes sexuels précipités, combinaison d’excitation, de frustration et angoisse de perte dans les ruptures qui s’ensuivent, retour à une sexualité porno-masturbatoire. Le sujet n’est pas parvenu à faire de l’objet un objet de satisfaction. Reste une sensation de déperdition de perception de l’objet, compensée par une quête d’hypersensation, sans que la douleur psychique soit véritablement reconnue. Dans l’engouement pornophile pour les expériences les plus variées – limitrophes de la désorganisation – la douleur psychique résultante du non accès à l’amour génital, tend à se transformer en perversion, elle devient « comme une pulsion », à l’instar de la douleur physique dans le masochisme érogène. À l’opposé, mais finalement pour en arriver à la même chose, le « grand chagrin d’amour » est par excellence celui de l’adolescent se crispant dans sa fidélité à l’objet aimé supposé irremplaçable. La valorisation romantique de la douleur recouvre l’avant-coup puéril du premier coup de foudre, et, cherche l’oubli dans de nouvelles rencontres dont aucune n’est à la hauteur de la première. Dans ce type d’occurrences les figures de l’objet perdu s’épuisent, tendent à perdre forme. Le recours aux représentations pornographiques d’une emprise sur l’objet sexuel peut alors procurer un réconfort, pas une solution.

La scène pornographique entérine le mode de vie d’un détraquement normalisé, installé dans la limite elle-même (ce qui n’est pas la même chose que son franchissement transgressif). Elle invite à une désublimation dont on prétend qu’elle serait le passage obligé pour retrouver du sublime, au-delà de la discordance occasionnée par le sentiment que le plaisir, pourtant recherché, a moins de valeur. À cet égard, le recours adolescent à la pornographie fait partie des procédés auto-calmants par saturation d’excitation – dont parlent les psychosomaticiens – où le corps peut devenir une prison, l’âme un organe hypocondriaque, et l’augmentation du quantitatif l’alibi d’une passion pour la passivité. Une excitation supplémentaire peut étrangement procurer un répit, parce qu’elle se porte sur des espaces spécifiques isolés et contrôlés (catalogue obsessionnel des fantasmes et des scénarios les plus variés). Le sujet prend sa nervosité pour une ivresse, jusqu’à parfois une illusion, pathétique, de souveraineté – sauf peut-être lorsqu’elle rend sensible la pulsion de mort : le calme à force de répétition de l’excitation, ou encore l’enchaînement de chocs fantasmatiques jusqu’à une saturation. Mais devant l’afflux des représentations pornographiques la pensée s’appauvrit. L’économie libidinale adolescente fonctionne alors comme une drogue sous la forme d’un « penser séduit du fait de l’épuisement libidinal[4] » généré par des « flashs » d’excitation addictive réitérés, associés à des fantasmes rudimentaires, fragments d’actions et de corps. Cette économie est effrénée du fait qu’elle semble ne rien à voir avec le complexe d’Œdipe et les représentations incestueuses. Il s’agit plus d’une mise à distance que d’un clivage bien structuré, néanmoins la qualité figurative des fantasmes rudimentaires tend à se rapprocher de l’hallucinatoire – lequel est toujours peu ou prou un déni fétichiste d’un rien effrayant, ou d’un miroir brisé pour reprendre le terme de Claude Olievenstein à propos de la toxicomanie. Le rebroussement de la pulsion de l’objet vers sa source définit ici une appétence, et une préférence pour l’état de manque, sous la prévalence manifeste de la tristesse d’avoir perdu l’objet. La phrase si souvent citée des Trois essais, « la névrose est pour ainsi dire le négatif de la perversion », y trouve une confirmation, mais aussi un dépassement dans un ressenti où névrose et perversion sont enchevêtrés, en direction d’une situation différente : là où l’intériorité n’a pu s’élaborer de façon structurante, à la suite de ratés dans l’organisation de la névrose infantile et dans le refoulement de la phase de latence, un mouvement pousse à mettre en avant à l’extérieur une partie de l’intime[5], autant physique que psychique, afin de se sentir, tout simplement, exister.

Une moindre censure sociale de la sexualité, une ouverture à des formes de sexualité jadis réprouvées (homosexualité, mais aussi pratiques dérivées du polymorphisme de la sexualité infantile) ainsi qu’une diminution de la distance entre générations, rendent la phase de latence aléatoire, peut-être caduque, dans un style « pré-adolescent » de l’enfance. C’est alors l’adulte qui doit conquérir de haute lutte – par excellence dans la cure psychanalytique – l’intimité et l’apaisement.

Catherine Millet en témoigne d’une façon paradoxale. Elle emprunte les chemins d’une extériorisation désubjectivante, pour parvenir à la sérénité d’un désir plus intime, et même intimiste, où le sentimentalisme le plus classique se voit réinventé dans une nouvelle alliance avec la pulsion. Le parcours qui va de La vie sexuelle de Catherine M. à Jour de souffrance commence par le souvenir de la réaction de la mère à l’activité masturbatoire de l’enfant : « Il est arrivé que ma mère me secoue en me traitant de petite vicieuse[6]. » Elle reconnait ne plus très bien savoir qui elle est et ce qu’elle veut lors de ses ébats avec des partenaires multiples, sans vraie angoisse pourtant. Quelque chose de jubilatoire se dégage des tableaux, précis, littéralement porno-graphiques. La jouissance orgastique n’est pas nécessairement recherchée, par contre le savoir-faire sexuel, et, surtout, la pensée du sexuel, sont essentiels dans cette expérience « étayée par une vision de mon corps comme un tout qui ne connaissait pas de hiérarchie, ni dans l’ordre de la morale ni dans celui du plaisir, et dont chaque partie pouvait autant que faire se peut, se substituer à une autre[7]. » Passer d’un coït à une pénétration anale serait une « méthode contraceptive primitive », mais elle préfère la rencontre entre le désir phallique des partenaires et sa propre sensibilité érogène narcissique :

Plus qu’aux pénétrations, je prenais plaisir à ces caresses et, en particulier, à celle des verges qui venaient se promener sur toute la surface de mon visage ou frotter leur gland sur mes seins[8].

Catherine Millet a une théorie sur le caractère originellement adolescent du goût des amateurs d’orgies pour les situations corporelles d’inconfort à la limite du déséquilibre :

Lorsqu’on est adolescent, disposant rarement d’un espace à soi, on est bien obligé de se livrer au déballage charnel dans ces endroits semi-publics que sont les portes cochères, les cages d’escaliers et les paliers[9].

L’explication par une manière issue d’un contexte d’empêchement matériel va de pair avec l’intérêt : mettre en scène pour un voyeur virtuel, qui n’est autre que soi-même, une mécanique érotique mimétique de la scène primitive parentale du point de vue d’un enfant croyant en capter le moindre détail, en particulier les signes tant de la castration que de la jouissance – là où cet enfant, exclu de l’expérience vécue, rate l’essentiel et pense de travers. Catherine M. raconte qu’elle a perdu sa virginité à dix-huit ans, mais qu’elle a commencé à « partouzer dans les semaines qui ont suivi [sa] défloration[10] », dans un mouvement d’exposition maximale de son intimité sexuelle, au service, semble-t-il, d’une protection de son intimité psychique. « J’éprouvais comme un confort de ne rien ressentir, rien d’agréable, rien de désagréable non plus[11] » écrit-elle. L’exposition volontaire de l’intimité soutient une stratégie de subjectivation en passant par des désubjectivations transitoires. Catherine M. doit « prendre trois fois par semaine le chemin du divan où il n’était plus question de baiser mais de parler[12] ». La publication de son premier livre permet à la narratrice (Catherine M. et Catherine Millet) d’échapper au sentiment de solitude afférent au clivage entre corps libidinal et Psyché. Elle en publiera un autre où elle rapporte sa surprise lorsqu’il lui a fallu reconnaître qu’elle souffrait, dans sa relation à un homme aimé, de la jalousie typique d’une position psychique où la scène sexuelle (supposée) des autres prive d’amour[13]. Catherine M, Catherine Millet, est devenue une femme sentimentale, pour qui le sexuel signifie l’amour, la pénétration la possession, l’infidélité le désamour. Du processus d’adolescence, on a pu dire qu’il devait passer par une seconde phase de latence apte à « narcissiser », puis à subjectiver, des motions pulsionnelles objectales pubertaires mettant le moi et le surmoi en déroute[14].

Ce conte moral doit-il être lu dans sa leçon la plus manifeste ? J’y trouve une approbation de la vue freudienne sur la métamorphose des pulsions primaires en désir subjectivé grâce au refoulement, mais aussi l’expression d’une vitalité indomptable. C’est en ce sens que j’ai suggéré de prolonger le propos de Debord sur le vrai qui serait, dans la société du spectacle, devenu un moment du faux : le faux est aujourd’hui devenu un moment du vrai. La fausseté consubstantielle à la pornographie comporte à certains égards en effet des éléments inassimilables : sa vulgarité outrée, son obscénité grotesque et son expressivité clownesque sollicitent le rire. La réduction au voir et à l’entendre, l’absence de contact par le toucher, agencent un érotisme de la privation, matrice de tous les fantasmes.

De la cyberpornographie

Bien qu’elle ait existée de tout temps la pornographie (dans l’antiquité textes poétiques érotiques, fresques, gravures, statues) s’est précisée comme un genre moderne. D’une fonction artistique, politique ou religieuse, elle serait devenue « une pure stimulation des consommateurs[15] ». La photographie, et surtout le cinéma, produisent le « porno » comme industrie. Avec le cinéma X et les cassettes vidéo, les représentations pornographiques apparaissent comme des éléments de réalité captés, figés, et reproductibles plus que comme le fruit de l’imagination d’un auteur. Comme le dit Walter Benjamin, l’image, que l’on ne remarque même plus, domine tout au moment même où elle s’efface derrière sa capacité technique de reproductibilité sans fin :

Ce qui importe pour le film, c’est bien moins que l’interprète présente au public un autre personnage que lui-même : c’est plutôt qu’il se présente lui-même à l’appareil […] Les appareils sur les plateaux de tournage, ont pénétré si profondément la réalité elle-même [que] l’image du réel [a pénétré de façon intense] au cœur même de ce réel[16].

Benjamin anticipe ici la critique de ce que Debord nommera la phase intégrée de la société du spectacle.

La rencontre récente du porno avec internet porte au carré – voire à l’infini – la reproductibilité technique des images, ce qui leur procure une puissance de séduction insolite : le trop de réalité, l’hyperréalité de la chose, par effet de zoom anatomique, abolit la dimension du réel. Le sexuel est

tellement proche qu’il se confond avec sa propre représentation […]. L’irréalité moderne n’est plus de l’ordre de l’imaginaire, elle est de l’ordre du plus de référence, du plus de vérité, du plus d’exactitude – elle consiste à tout faire passer dans l’évidence absolue du réel […], vous n’avez plus rien à ajouter, c’est-à-dire à donner en échange. Répression absolue : en vous en donnant un peu trop, on vous retranche tout […], il ne s’agit pas d’une approfondissement de la pulsion, il ne s’agit que d’une orgie de réalisme et d’une orgie de production[17],

écrit Baudrillard en 1979 de façon prémonitoire. La fin de l’espace perceptif, la réduction de l’hallucinatoire à un défilé d’images où l’effet de profondeur ne fait que révéler le triomphe de la technique, sont analysés par lui comme une accumulation de signes en lieu et place de corps qui n’existent pas vraiment, dispersés dans des objets partiels exorbitants :

 Le sexuel, dans notre culture, a triomphé de la séduction, et se l’est annexé comme une forme subalterne. Notre vision instrumentale a tout inversé[18].

À partir de là, plutôt que se demander quelle économie libidinale peut trouver étrangement à se satisfaire d’un tel désert, il l’interprète en philosophe. Le porno serait un «  simulacre, c’est-à-dire l’effet de vérité qui cache que celle-ci n’existe pas[19] ». Là où les corps ne dissimulent rien, ne révèlent plus quoi que ce soit, même pas un plaisir de jouer, peut-on voir « une entreprise qu’Artaud appellerait métaphysique : défi sacrificiel au monde d’exister » dès lors que « c’est dans son irréalité, dans son défi irréel de prostitution par les signes que l’objet sexuel passe au-delà du sexe et atteint la séduction[20] » ? Le négatif, hélas, n’est pas toujours promis à la négation de la négation, en l’occurrence à un outrepassement du « sexe », qui a remplacé la séduction, dans une logique retrouvée du défi dans l’hyperréalisme même du porno. C’est là, je le crains, une vue éthique illusoire.

Sur Internet, la reproductivité technique, illimitée, propose du sexe en libre-service, classé par catégories, cabinet des curiosités démesuré et éternellement disponible. La toile, qui porte bien son nom, capture celles et ceux qui se hasardent dans les maillages de son cyberespace, dans le sens où elle est devenue un outil quotidien. Une étude rapporte que sur cinq cent soixante-trois adolescents interrogés, 72% disent avoir été confrontés à de la pornographie en ligne avant l’âge de dix-huit ans, l’âge moyen de première exposition étant onze ans[21]. On observe que les étudiantes et les étudiants en psychologie de la génération vingt-trente ans, lors des discussions de recherche portant sur le virtuel ou sur l’utilisation de l’ordinateur dans les psychothérapies d’adolescents, s’exprimant avec aisance sur une pornographie qu’ils ont à l’évidence fréquentée depuis longtemps, entre distance critique et intérêt rémanent. Par exemple un rire collectif à l’évocation des enfants qui parviennent aux sites cyberpornographiques malgré tous les efforts protecteurs des parents.

La pornographie sur Internet incite à un zapping de surface, elle facilite un usage fragmentaire. Le sexuel peut être à la fois approché et évité. Le cadrage autour du génital fétichise celui-ci, ce qui le met sur le même plan que les autres pratiques. En cliquant sur telle ou telle catégorie, le cyberconsommateur accède à des cadrages très directs mais séparés les uns des autres. Passer obsessionnellement d’une catégorie à une autre revient à fermer des yeux « intrusés », puis à les rouvrir sur autre chose de peut-être plus aisé à maitriser. Traumatophilie qui s’ignore comme telle.

L’intimité de la scène primitive parentale se voit projetée, dans la cyberpornographie, au-delà même de l’extériorisation exhibitionniste/voyeuriste, en direction d’un ébranlement subjectal – que Baudrillard considère comme ontologique –, à propos duquel se pose la question de savoir s’il est réparable ou irréversible. Le mystère, l’énigme propres au sexuel et à l’Autre, y sont en effet profondément modifiés. Raffaele Simone rend sensible ce changement de paradigme en dépeignant les voyageurs d’un train s’affairant tous, sans exception, sur leur téléphone ou leur ordinateur :

Il est clair qu’ils ne s’en servent pas parce qu’ils en auraient effectivement besoin, à cause d’une urgence sérieuse. Il semble plutôt qu’ils expérimentent, presque en luttant, dans une sorte de gymnastique contrainte, quelque chose de mystérieux. Mais ils pratiquent cette gymnastique avec une application obsessionnelle, et en même temps obstinément infantile, qui fait supposer que l’objet dans leurs mains est inquiétant et énigmatique : il les attire et exerce sur eux une tentation avec un attrait auquel ils ne peuvent pas dire non. Ils scrutent l’écran comme si c’était un puits d’où pouvait sortir n’importe quoi, même quelque chose de dangereux, et ils tapent sur les touches justement pour voir ce qui peut surgir de cette béance inconnue[22].

Ce puits, cette béance générés par la technique ne concernent pas a priori l’énigme du sexuel, mais ils la signifient – les clichés pornographiques omniprésents désexualisent peut-être, mais la structure d’ouverture à l’inconnu propre à Internet réinstitue des signifiants énigmatiques virtuels, éventuels, à rechercher. La relation à l’énigme a changée : l’énigme habiterait désormais la surface immatérielle des stocks – parfois nommés « nuages » – d’information numérique. C’est en ce sens que la cyberpornographie constituerait un nouveau paradigme : il serait désormais possible de rencontrer réellement l’objet perdu au-delà de l’addiction à l’état de manque.

Obscénité et déréalisation

Dans l’actuel malaise dans la culture, le recours à un surcroît narcissique d’affirmation de soi n’abolit en rien le sentiment profond d’une perte, l’individualisme contemporain accentue au contraire le sentiment d’une déréalisation associé à celui d’un affaiblissement des référents – qui peuvent néanmoins se maintenir dans l’inconscient. La cyberpornographie est exemplaire de ce syndrome. Les retouches que la technologie numérique permet d’apporter aux corps des actrices et des acteurs couvrent leur nudité d’une surface invisible qui lisse les défauts – comme sur les photographies de mariage ou de fêtes de famille de jadis, dont désormais les expositions artistiques sont friandes. Cette nudité est devenue un vêtement. Une seconde peau surexposée cache la peau de l’intimité. Dans le même temps où la falsification numérique euphémise les corps et les visages, elle vise le réalisme d’une réalité déréalisée : le grain de la peau est homogénéisé, les rides gommées ; les ouvertures érogènes (bouche, vagin, anus) sont écartelées jusqu’à l’intériorité par définition non visible du corps, oui, mais nettoyées de toute humeur et matière organique, inodores, ni chaudes ni froides, sans fermeté ou mollesse. « Tout l’écran est occupé par le micro relief cutané du gland et des lèvres vaginales. C’est la recherche d’une exploration des espaces du dedans à travers des cadrages “obsédants” qui recherchent l’exacerbation paroxystique de la réalité, qui fouillent les intérieurs du vagin et de l’anus » écrit Michela Manzano[23]. Ce qui est vu est complètement borné par ce qui est donné à voir « sans aucune possibilité de deviner ou de réinventer l’invisible qui devrait l’habiter ». La rhétorique du film pornographique ne cesse de recouvrir la chair – exquis mot désuet. Celle-ci ne disparaît pas complètement : l’obscénité (épilation totale et surexposition par lampe d’appoint qu’on ajoute lors des gros plans afin d’éclairer l’intérieur même du corps) entretient une confusion entre réalité et fantasme qui veut toujours déformer la réalité : dans cet écart, quelque chose de charnel est encore susceptible d’exister.

J’observe dans un cybercafé mon voisin d’ordinateur. Il se livre de façon maniaque et minutieuse à un repérage de partenaires sur des sites échangistes. Je suis frappé par la récurrence de la même expression un peu niaise sur les visages des couples qui s’y exhibent : un rictus excité au milieu d’une figure enfantine qui a l’air effrayée de ce qu’elle fait. Les clichés de ces visages et bien sûr des sexes féminins et masculins généreusement étalés sont pris dans des intérieurs modestes, les adresses renvoient à des zones pavillonnaires de banlieue. Si les sites pornographiques sont les plus visités sur Internet[24], c’est sans doute la résultante de la dimension infinie de l’information que l’on y trouve lorsqu’elle rencontre le courant de la libido masturbatoire et la transforme : l’onanisme correspond à une part intime de soi qu’il n’est bon de révéler à personne, la masturbation coalisée avec la cyberpornographie n’est plus vraiment solitaire – même si on trouve dans les deux situations le même circuit court de quasi fusion entre la source et l’objet de la pulsion au sein même du sujet, et le même biphasisme propre à la réception par un enfant des signes sexuels adultes : la consommation de pornographie sert à revivifier, pour les maîtriser, ces signes autrefois reçus sans être compris, selon un mécanisme compensateur. Plus précisément, on peu supposer avec Joyce McDougall que la libido masturbatoire obéit à un idéal hermaphrodite :

Être à la fois homme et femme, nanti de la magie blanche et noire de chacun, être dès lors, l’objet du désir des deux, être à soi seul, père-et-mère, voir s’engendrer soi-même, qui, dans son cœur enfantin, ne le voudrait pas[25] !

Par le truchement de ce mouvement psychique, les objets œdipiens du désir sont métamorphosés en objets internes. Et c’est à ceux-ci que s’adressent les rituels masturbatoires, selon une logique contradictoire : L’acte masturbatoire réalise un semblant de relation à deux alors que l’addiction aux flux d’images pornographiques évacue toute relation ; mais on peut aussi considérer que « le petit masturbateur contrôle magiquement les parents » [26], se substitue à eux et dénie son exclusion de la relation à deux. Le matériel pornographique vient en quelque sorte remplacer l’activité fantasmatique intime et singulière du sujet, ou servir à cette dernière de support sur lequel s’appuyer. Dans le meilleur des cas il s’en nourrit pour retrouver ses fantasmes propres qu’il a refoulés. Le plus souvent il tend à se perdre dans l’illusion de voir sans être vu et bientôt dans la scène pornographique. Cette illusion définit le piège de la jouissance solitaire (réelle) d’un coït (virtuel). Elle est entretenue par la répétition des mêmes gestes et actions en boucle, au plus près du rythme élémentaire de la pulsion.

L’appétence pour la cyberpornographie risque, le plus souvent, d’évoluer vers une sensation de perte de consistance des objets, à la mesure, paradoxalement, de la facilité des échanges sexuels et de l’abondance des objets. Des scénarios simplifiés, une psychologie des personnages inexistante, la codification des actes, une prédilection pour les plans–séquences, tout est fait pour supprimer l’imprévu, l’exubérance de la chair, la complexité. Tant et si bien que les vidéos pornos amateurs, les chats en ligne et les réseaux sociaux Internet, sont venus concurrencer la cyberpornographie industrielle. Ce phénomène récent confirme un mouvement généralisé d’extraversion de l’intime dans l’espace immatériel d’Internet. Cette extraversion reste inaboutie entre virtuel et actuel et produit un malaise affectif et une confusion de pensée.

Pensons à ce genre pornographique où l’un des acteurs – le plus souvent l’homme – filme lui-même la scène dans laquelle il joue. La caméra est à la place du regard de l’acteur. Les tremblements résultants du fait de filmer l’action tout en y étant accentuent sans doute pour le spectateur l’effet identificatoire. Il est ainsi placé dans la peau du personnage, comme dans certains jeux vidéo. Le jeu des possibles semble infini et devient hallucinatoire. La structure d’Internet devient objet du désir. On peut certes y admirer la « puissance » au sens aristotélicien, opposable à l’actuel plutôt qu’au réel, une virtualité qui attend son heure[27]. Ou encore résister à l’illusion comme Catherine Breillat qui dans son film Romance (1999), dans lequel participait la star du X Rocco Siffredi, a préféré confier le premier rôle à une actrice traditionnelle, Caroline Ducey, sans la faire doubler par une actrice de X, car « l’actrice spécialisée avait des positions du corps qui sont celles du porno. Or, ces positions ne sont pas celles de la vie ! Et ça, on ne peut rien y faire[28] ». L’ « actrice traditionnelle » montre simplement que les « positions du corps » des stéréotypes pornos sont dans la vie, mais ont été déformées et caricaturées.

François Richard

Le professeur François Richard, membre titulaire de La SPP, est aussi directeur de la publication avec Jacques Dayan de la revue Adolescence

titre-aspasia

[1].          M. Neyraut, « Transfert et for intérieur », RFP, 2013/3, p. 775.

[2].          M. Laufer, « “The breakdown” », Adolescence, vol 1, n°1, 1983.

[3].          Typique de l’expérience vécue adolescente, comme j’ai essayé de le montrer dans Les processus de subjectivation à l’adolescence, Dunod, 2001.

[4].          Ph. Gutton, Adolescens, PUF, 1996, p. 184.

[5]          Cette « extimité », pour reprendre le terme proposé par Serge Tisseron (L’Intimité surexposée, Hachette, 2001.), relève, je crois, plus d’un trouble subjectal radical que d’un besoin empathique de communication intersubjective comme le pense cet auteur (Subjectivation et empathie dans les mondes numériques. De nouveaux espaces pour l’intersubjectivité, Dunod, 2013)

[6].          C. Millet, La Vie sexuelle de Catherine M., Le Seuil, 2001, p. 133.

[7].          Ibid., p. 48.

[8].          Ibid., p. 22.

[9].          Ibid., p. 147.

[10].         Ibid., p. 11.

[11].         Ibid., p. 211.

[12].         Ibid., p. 86.

[13].         C. Millet, Jour de souffrance, Flammarion, 2008.

[14].         A. Green, « Psychanalyse et temporalité. Entretien avec François Richard », in F. Richard, La Rencontre psychanalytique, Dunod, 2011, p. 267-278.

[15].         R. Ogien, Penser la pornographie, PUF, 2013, p. 36.

[16].         W. Benjamin, « L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique » (1939) traduit par M. de Gandillac et R. Rochtlitz, Œuvres, t. III, Gallimard, « Folio/Essais », 2000, p. 290, 295 et 301.

[17].         J. Baudrillard, De la séduction, Galilée, 1979, p. 47, 48 et 51.

[18].         Ibid., p. 63.

[19].         Ibid., p. 56.

[20].         Ibid., p. 126 et 127.

[21].         C. Sabina, J. Wolak, D. Finkelhord, « The Nature and Dynamisis of Internet Pornography Exposure for Youth », CyberPsychology and Behavior, 2008, Volume 11, Number 6, p. 1.

[22].         R. Simone, Pris dans la Toile. L’esprit au temps du web, Gallimard, 2012, p. 16-17.

[23].         M. Manzano, « La nouvelle pornographie et l’escalade des pratiques : corps, violence et réalité », Cités, 2003/3 n°15, p. 17-29. Doi : 10.3917 / cite.015.0017

[24].         Le cybersexe représente 25% du trafic mondial, tandis qu’un internaute sur quatre visite chaque jour un « site pour adulte ». Chiffres tirés de Ph. Breton, Le Culte de l’Internet. Une menace pour le lien social ?, La Découverte, 2000, p. 122.

[25].         J. McDougall, Plaidoyer pour une certaine anormalité, Gallimard, 1978, p. 63.

[26].         Ibid., p. 70.

[27]S. Missonnier, « Une relation d’objet virtuelle ? », Le Carnet Psy, 2007/7, p. 43-47

[28]in A.Germa et H. Bas, « “Montrez ce sexe que l’on ne saurait voir” : le cinéma français à l’épreuve du sexe (1992-2002) », Le temps des médias, 2003/1, p. 95-107. Doi : 10.3917 / tam.001.0095

adolescenceRevue Adolescence

Revue indexée AERES, au listing PsycINFO,

publiée avec le concours du Centre National du Livre

et de l’Université Denis Diderot Paris 7

Directeurs de la publication : Jacques Dayan, François Richard

 Site : Adrien Widemann, www.revueadolescence.fr

Comité de rédaction : Marie-Christine Aubray, Vincent Cornalba,

Fanny Dargent, Jacques Dayan, François Richard

Conseil scientifique : Jean José Baranes, Annie Birrraux, Alain Braconnier, Bernard Brusset, Raymond Cahn, Catherine Chabert, Philippe Gutton fondateur de la Revue, Jacques Hochmann, Patrice Huerre, Philippe Jeammet, Bernard Penot (Paris), François Ladame (Genève)

Comité de lecture : Marie-Christine Aubray, Isée Bernateau, Joëlle Bordet, Jean-Yves Chagnon, Maurice Corcos, Vincent Cornalba, Fanny Dargent, Olivier Douville, Philippe Givre, Bernard Golse, Florian Houssier, François Marty, Marie Rose Moro, Olivier Ouvry, François Pommier, François Richard, Philippe Robert, Guy Scharmann, Anne Tassel, Serge Tisseron (Paris), Houari Maïdi (Besançon), René Roussillon (Lyon), Serge Lesourd (Nice), Jean-Bernard Chapelier, Daniel Marcelli (Poitiers), Jacques Dayan (Rennes), Gérard Pirlot (Toulouse), Jean-Yves Le Fourn (Tours)

Administration, Abonnements, Vente au numéro : Chantal Cousin, greuppado@club-internet.fr

Créée en 1983 par Philippe Gutton, la revue Adolescence regroupe des psychanalystes engagés de façon quotidienne dans le traitement des adolescents et dans la recherche théorique qui en découle.

Elle a aujourd’hui plus de trente ans. Trimestriellement, elle réunit ses textes en un volume de 230 pages à thème unique. Elle s’enrichit d’auteurs francophones et de langues étrangères.

L’approche psychanalytique de l’adolescence a beaucoup évolué, des pans entiers de sa métapsychologie ont été revisités, problématisés autrement. La revue Adolescence a rendu compte pas à pas de ces évolutions. Innovante, bousculante mais vigilante sans jamais perdre son fil directeur qu’est la réflexion psychanalytique sur les processus adolescents.

Ceux-ci ont leur pathologie propre, souvent aiguë et pas seulement de transition. Ils détiennent le devenir de la pathologie de l’enfance, certaines origines de la pathologie de l’adulte, en particulier cas limite et psychotique. Processus toujours en cours chez l’adulte comme nostalgie d’un âge, comme persistance d’un mode d’être ayant effet de retour lorsque la confrontation s’impose entre parents et enfants grandissant, et dans le contre-transfert du psychanalyste.

Le concept même d’adolescence ne peut se révéler qu’en étroite relation avec la société et la manière dont celle-ci s’y prend pour initier, cadrer, réguler les normes d’individualisation et les modes de subjectivation.

C’est pourquoi la revue s’ouvre aux sociologues, anthropologues, philosophes soucieux de décrire et d’analyser les dispositifs par lesquels le politique et le malaise dans la culture se révèlent à ciel ouvert à l’adolescence.

On l’aura compris, la Revue se veut sensible à la tension exacerbée à l’adolescence, aussi bien entre l’intrapsychique et autrui qu’entre l’inconscient et les manifestations symptomatiques.

titre-aspasia

FSC0265_impQuelques remarques à propos de l’étymologie du mot hystérie
et de ses sens anciens


En travaillant sur l’étymologie du terme hystérie on s’aperçoit que la racine sanscrite et grecque allie deux sens qui se côtoient en un seul vocable. Hystérie signifiant la « matrice » et en même temps la locution temporelle « par la suite », voire « ensuite». Le temporel et la matrice sont ici réunis ce qui qui mérite, au regard de la définition freudienne et de sa formule « l’hystérique souffre de réminiscence », une réflexion, voire une rêverie de la part de tous ceux qui se sentent concernés par la psychanalyse et la découverte freudienne de l’inconscient soit ce que l’on découvre après dans un temps second sur la scène de la cure – L’internaute trouvera recensé les principales occurrences de ce terme depuis Homère à Freud où l’on découvre que pour les grecs anciens l’hystérie était une maladie organique qui commençait par l’utérus pour affecter le corps entier. L’origine de la maladie était de nature sexuelle et le traitement proposait le mariage pour les jeunes filles souffrantes.

EN SANSCRIT

La racine vient du sanscrit uttaras d’où le superlatif uttamas, qui veut dire « plus haut, qui vient après le suivant ».

Occurrences chez les auteurs grecs

CHEZ HOMERE

La racine υστερος (hysteros) marque toujours une succession temporelle et spatiale  qui veut dire « ce qui vient après, ensuite, ou par derrière ». Ainsi:

Le premier (est) Phégée puis à son tour Tydée attaque bronze au poing » L’Iliade, V17)

Φηγευς ρα πρότερος….ο δ’ υστερος ωρνυτο χαλκω Τυδειδης.

Υστερο (hystero) veut dire pour Homère « ensuite, après ». Ainsi, l’expression « nous verrons plus tard » est dans l’Odyssée, XVI : αλλ’υστερα ταύτα πενησθαι (V319), où υστερα (hystera) est utilisé comme adverbe.

Mais υστος (hystos), υστερος (hysteros) désigne aussi un lieu : le ventre (υστερος, ύστερα, en sanscrit udàra-m qui signifie « ventre »), cet ajout qui deviendra en latin utérus (udero-os) de uderos, υδερος, udàra.

SOPHOCLE

Dans Antigone, 746
Ω on trouve

Αh ! fi! Quelle bassesse ! Se mettre aux ordres d’une femme !

μιαρον ήθος και γυναικός ύστερον

Υστερον (hysteron) chez Sophocle signifie de se soumettre aux ordres d’une femme, d’aller υστερα (hystera), c’est-à-dire derrière elle, de la suivre au lieu d’être suivi par elle. Dans cet exemple de Sophocle, ύστερως (hysteros) correspond à l’adverbe temporel qui signifie « ensuite » (ύστερα en grec moderne), et pas à υστέρα qui signifiait « matrice » en grec ancien.

HIPPOCRATE

Le sens du mot υστερα (hystera) change pour la première fois et devient « matrice » comme dans cet extrait de l’Ancienne Médecine (22,4) :

« Les parties à l’intérieur de l’homme qui ont une configuration naturelle de ce type sont la vessie, la tête et chez les femmes, la matrice ».

« Των δε έσω του ανθρώπου φύσης και σχήμα τοιουτον·κύστης τε και κεφαλή και υστέραι γυναιξιν ».

PLATON

Dans cet extrait du Timée, (91,b) on voit une définition remarquable de l’hystérie féminine :

« Pareillement, lorsque, chez les femmes, ce qu’on appelle la matrice ou l’utérus et qui est un être vivant possédé du désir de faire des enfants, est demeuré stérile longtemps après avoir dépassé l’âge propice, alors cet organe s’impatiente, il supporte mal cet état parce qu’il se met à errer de par tout le corps qu’il obstrue les orifices par où sort l’air inspiré et qu’il empêche la respiration, il jette le corps dans les pires extrémités et provoque d’autres maladies de toute sorte. Et cela dure, jusqu’à ce que le désir et l’amour de deux sexes s’étant joints puissent cueillir un fruit comme ceux des arbres et semer dans la matrice, comme dans un sillon, des vivants invisibles en raison de leur petitesse et encore informes…. »

Άι δ’εν ταΐς γυναιξί αυ μητραι τε και υστέραι λεγομεναι δια τα αυτά ταύτα,ζώον επιθυμητικον ενός της παιδοποιίας,όταν ακαρπον παρά την ωραν χρονον πολύν γιγνηται,χαλεπώς αγανακτούν φέρει,και πλανωμενον παντη κατα το σώμα,τας του πνεύματος διεξόδους αποφραττον,αναπνέοντας ουκ εων εις απορίας τας εσχατας εμβαλλει και νόσους παντοδαπάς άλλας παρέχει,μέχρι περ αν εκατερων η επιθυμία και ο έρως συναγαγοντες,οιον απο δένδρων καρμπόν καταδρεψαντες,ως εις αρουρα την μητραι αόρατα υπό σμικροτητος και αδιάλλακτα ζώα κατασπειραντες…

Nous avons ici la première définition de l’hystérie s’inscrivant une pure tradition hippocratique.

Un écrivain grec du 5ème siècle nommé Hesychios mentionne υστερα (hystera) comme υστος, γαστήρ, qui signifient « ventre », dans le sens du vagin comme l’organe dans le ventre qui est le plus bas après les autres parties.

Il semblerait bien que pour les grecs anciens l’hystérie était une maladie organique qui commençait par l’utérus pour affecter tout le corps. L’origine de la maladie était de nature sexuelle parce-que le traitement proposait le mariage pour les jeunes filles souffrantes —

En latin, le mot apparaît au 2ème siècle ap. J.-C. comme hystera qui signifie « matrice » et hysterica qui signifie « femme hystérique ». On trouve cette dernière occurrence chez Martial, poète espagnol, qui a écrit en latin vers la fin du 1er siècle ap. J.-C.

Quant au français, l’adjectif et nom hystérique entre dans la langue française en 1568 sous la forme hystericque venant du bas latin hystericus qui concerne la matrice et la femme malade de l’utérus. Ce Ces termes au début ne concernait que les femmes, puis le sens s’étend aux hommes avant qu’ils ne deviennent une notion essentielle en psychiatrie et en psychanalyse. Le mot matrix en latin veut dire « souche, origine » mais aussi « utérus ». L’origine de matrix, matrice, matière est un dérivé de mater qui signifie « mère » et vient aussi du grec μήτρα (mitra) qui signifie « utérus » et μητέρα (mitera) qui signifie « mère ».

Depuis le 18ème siècle le terme hystérie définit des troubles psychiques, neurologiques et fonctionnels très divers et prend le sens de l’exaltation. Ensuite, par les travaux de Charcot, il devient un ensemble de symptômes qui revêtent l’apparence des affections organiques sans lésions décelables. Plus tard, Freud définira la névrose hystérique et à partir d’elle la psychanalyse comme connaissance de ce qui passe derrière et en de -ça de la scène théâtrale de tout symptôme.

Delphine Schilton

titre-aspasia

Photo Frédéric SchiltonLE FEMININ, REVOLUTION SANS FIN par  Jacqueline Schaeffer [1]

Intervention à la libraire Tschann, le 7 février 2016

Discussion du livre de Gérard Pommier

J’ai beaucoup apprécié le livre de G. Pommier. D’abord parce que c’est un homme qui écrit sur le féminin, ce continent dit « obscur » (terme plus exact que « noir »), qui ne peut réellement être défriché et exploré qu’à travers le chemin de la différence des sexes, celui que je parcours depuis de longues années. Le féminin est ce qui pose problème à cette différence, non seulement à l’homme, au patriarche du patriarcat, que décrit G. Pommier, mais aux deux sexes, comme l’a bien précisé Freud [2].

Mon intervention ne portera que sur quelques points que nous avons partagés, ou qui nous divisent, pour la raison que nous n’appartenons pas à la même tribu et n’avons pas les mêmes instruments d’abordage.

Je me centrerai sur le chapitre : « Le Tabou du féminin », car il rejoint le titre de mon article paru à la fois dans la Monographie Interdit et tabou [3] publiée aux PUF, et dans l’Infini, la revue de Philippe Sollers [4]. Mais aussi celui intitulé « Eve ou Lilith ? Les transgressives » [5], dans la Monographie Transgression, publiée aux PUF.

Qu’est ce que le Père ?

Le père que décrit G. Pommier ressemble avant tout à ce tyran de horde primitive, décrit par Freud, qui possède toutes les femmes, tous les enfants, qui n’a ni foi ni loi, sauf celle de son pouvoir et de son bon plaisir.

Je me demande, pour ma part, si ce personnage n’est pas davantage un être bisexuel prégénital, antérieur à la différence des sexes, ni homme ni femme, ni père ni mère, mû par une toute puissance infantile, à l’égal d’un nourrisson. Cet être insatiable, homosexuel, incestueux, cet ogre cannibale, qui d’autre peut mieux l’incarner qu’un bébé au sein ?

« Nous sommes tous porteurs de ce père sauvage. Mais sommes nous vraiment tellement civilisés ? » [6] Voici une réponse célèbre : « Professeur Einstein, que pensez vous de la civilisation ? » – « Ce serait vraiment une fort belle idée ! »

Le thème que développe G. Pommier c’est celui de la répression du féminin et des femmes. Et celui de leur résistance, de leur révolution.

Sa thèse est donc juste quand il estime qu’à l’intérieur de tout homme et de tout père, un tyran de horde primitive sommeille, comme le cochon. Et que l’angoisse de castration est le moteur de la peur et de la haine du féminin.

Si j’ai bien compris, le père dont parle G. Pommier féminise aussi bien le garçon que la fille parce que, dit il,  « le père adore le féminin c’est son vertige sa fascination et ce désir violent est aussitôt refoulé ».

Si refoulement il y a, ce n’est certainement pas chez ce père-là, mais chez les fils et filles. En effet, dit G. Pommier, les mêmes (pour qui s’est produit le refoulement) exercent une répression sur leurs enfants lorsqu’il deviennent parents, c’est la haine de leur propre infantile, ils oublient leur enfance. Devenir père signifie prendre la place du sien, et la culpabilité invite à reproduire les idéaux paternels et à exercer la répression, à titre de paiement de cette dette.

Comme vous le savez, le lacanien n’est pas ma langue maternelle (pour ne pas dire paternelle), et je resterai fidèle à ma manière à Freud, vous invitant à pardonner mes schématisations.

Freud considère le « refus du féminin » comme « une part de la grande énigme de l’humanité ». [7] Titre que mon livre a emprunté pour tenter d’explorer cette  énigme [8].

Autant l’interdit est lié au refoulement, s’intériorise et s’impersonnalise par la voie du surmoi, héritier du complexe d’Oedipe, autant je considère, comme le dit G.Pommier, que le tabou a rapport avec la terreur sacrée, et qu’elle mène à la répression.

Mais je ne considère pas, comme il le suggère, que la répression vienne uniquement du dehors, du social, mue par la peur, la haine ou la revanche des fils devenus pères. Le refoulement, on le sait, est une opération intrapsychique, qui agit sur la dynamique des représentations, et reste vivante et mobile quand elle produit des rejetons, dans la variable plaisir/déplaisir. Mais la répression est aussi un mécanisme intrapsychique, qui écrase la vie pulsionnelle par le biais d’ « imagos » porteuses d’une excitation massive, qui exercent sur le psychisme une véritable dictature. Là se situent les tabous, les peurs animiques irrationnelles, et leurs rites conjuratoires et exorcistes.

Donc le tyran castrateur et sodomite, dont parle G. Pommier, est bien une imago, une idole qu’il faut abattre.

La répression se transmet quand l’organisation oedipienne du père n’a pas été suffisamment élaborée en vue de la transmission d’un surmoi, permettant le refoulement et la structuration des instances psychiques. Ainsi lorsque le père oedipien n’est pas parvenu à tuer en lui le père de la horde primitive, c’est-à-dire le père incestueux, celui par exemple qui va violemment refuser le féminin de sa fille parce qu’il ne supporte pas d’être féminisé lui-même, ou celui qui aura envie de voler le féminin de sa fille. A ce moment-là le féminin est envié, et parce qu’il est envié il est haï, et il peut alors donner lieu à persécution. La répression s’y exerce.

Dans le développement de G. Pommier, je me demande où est la place pour le père oedipien. Selon la construction freudienne, le concept de paternité n’existe que lorsqu’ une société des frères a été créée, après la mort du tyran. A ce moment là seulement il y a un père et des fils. Ce ne sont pas les filles qui ont tué le tyran de la horde, elles lui auraient plutôt été soumises. Et les frères se les partagent. Le surmoi, héritier du complexe d’Œdipe, est ce qui fonde la loi intériorisée. Sinon, la loi reste extérieure et engendre la répression.

  1. Pommier le dit à sa manière : « Le symbolique procède du parricide »

Mais la société ainsi fondée l’est par les frères, elle est homosexuelle, phallique, elle se pose donc contre le féminin. C’est la logique de la loi phallique, héritière d’une théorie sexuelle infantile, phallique/castré, qui n’existe que de nier la différence des sexes et le féminin. Et les filles comme les femmes sont castrées puisqu’elles ne possèdent pas cet organe, tellement survalorisé narcissiquement qu’il devient phallus.

Tout est centré, pour G. Pommier, sur la séparation d’avec un père séducteur incestueux, aussi bien pour le garçon que pour la fille, donc d’un tyran qu’il faut castrer parce qu’il vous castrerait en vous féminisant, c’est-à-dire en vous désirant. Le moyen donc de résister à ce père incestueux, de s’opposer à sa manoeuvre de féminisation, c’est de l’envoyer aux cieux, et donc prendre une position masculine.

Le père castrateur a donc été totémisé, spiritualisé, et l’objet de son désir, le féminin, est devenu tabou sur terre. Le tabou a frappé d’abord l’objet de son désir c’est-à-dire le féminin, et ensuite le corps en général.

Féminin et maternel

« Les hommes se totémisent tout seuls, dit G. Pommier, en accédant à la paternité, et les mères répriment la féminité de leur fille avec d’autant plus de force qu‘elles devinrent mères pour refouler leur féminité ».

Je suis en accord avec lui pour souligner cet antagonisme entre féminin et maternel, chez les femmes, comme chez les hommes. Le clivage de la maman et la putain est une composante très répandue de la sexualité des hommes.

  1. Pommier va jusqu’à dire que la maternité a été une prison du féminin, et que la femme a ainsi pu se venger de la place d’objet d’échange qui lui a été assignée par les hommes. Je n’irai pas jusque là, étant donné les expériences de plaisir liées à la maternité, jusqu’à celles, orgastiques, liées à l’accouchement. Un de mes patients me disait récemment que sa compagne hurlait de jouissance, comme si elle accouchait.
  2. Pommier écrit : « La mère est la première, la femme est la dernière, la mère nait de la mère, la femme nait du père qui l’en sépare. La femme nait du désir du père qui féminise la fille est en fait l’insurpassable idéal du désir ».

J’en conviens, en grande partie. Mais j’ajouterai : la femme nait surtout du désir de l’amant quand il l’amène à découvrir son sexe, dans la jouissance sexuelle, et lui permet ainsi de séparer en elle la femme et la fille de son père. Une patiente, qui va devenir psychanalyste, hésite entre prendre le nom de son père, qui ne l’a jamais vraiment été, ou celui de son mari, qui n’arrête pas de la trahir, ou d’accoler ces deux noms qu’elle dit détester, mais alors par lequel commencer ? Ce conflit bien évidemment recouvre la difficulté de s’engager dans une nouvelle identité, indépendante, donc de se séparer de son analyste, de prendre ma place, c’est à dire de me mettre à mort.

Pour Winnicott, le féminin c’est « l’être », le masculin c’est le « faire ». Je pense que ce qu’il nomme masculin est davantage phallique, et que le féminin renvoie plutôt au maternel. Car le « faire » est aussi bien le domaine de la femme que de l’homme. Le féminin c’est l’être, mais c’est surtout « l’autre ».

L’autre, qu’on soit homme ou femme, c’est toujours le féminin.

Pour G. Pommier « la domination des femmes s’installa dès que les femmes furent enfermées dans un rôle de mère, lieu spécifique de leur oppression ». Je ne peux le suivre véritablement, car je pense que si les femmes ont été enfermées, persécutées, haïes, c’est en raison de leur puissance sexuelle érotique. Ce qui dérangeait les hommes, c’était que les femmes aient accès à l’érotisme hors de leur pouvoir, de leur domination. On leur a excisé le clitoris, un organe qui ne sert scandaleusement qu’au plaisir sexuel.

Ce ne sont pas les mères qui ont été opprimées, je pense qu’elles ont toujours été dominatrices et vénérées, adorées et haïes. Ce qui a été opprimé par la domination des hommes c’est la sexualité érotique des femmes

  1. Pommier évoque bien le clivage entre la maman et la putain : les femmes ont été mises dans des bordels, enfermées en tant qu’hystériques, brûlées sur les bûchers par les Inquisiteurs, tandis que les mères ont été vénérées, madonisées, nichées dans des grottes.

Les mères sont toujours vierges, et le fantasme absolu c’est que l’enfant a dépucelé sa mère en naissant. L’enfant et le pénis empruntent le même couloir qu’est le vagin.

« Tu sais ce que j’étais avant ? – dit un petit garçon de 4 ans – J’étais un spermatozoïde ». Il était déjà là, dans le fantasme de sa théorie infantile. C’est lui qui tient la place du père, c’est lui qui a défloré sa mère, qui l’a fécondée, c’est lui qui s’est auto-engendré. Il tient à lui seul la condensation de toute la scène primordiale.

  1. Pommier écrit que les femmes « furent opprimées pour des motifs sexuels à proportion du désir qu’elles provoquaient ». Que pouvaient craindre les hommes de ce désir ? Freud l’exprime bien : ils ont peur d’être féminisés.

Je le cite : La femme « est autre que l’homme, … incompréhensible, pleine de secret, étrangère et pour cela ennemie ». Une femme avec qui « le premier acte sexuel représente un danger particulièrement intense »… Une femme par qui, lors du coït, « l’homme redoute d’être affaibli, … contaminé par sa féminité et de se montrer alors incapable ».

  1. Pommier exprime bien la difficulté pour un homme que représente son désir, parce qu’il lui faut abandonner sa virilité en quelque sorte lâchée au moment orgastique, donc perdre quelque chose, post coitum animal triste. C’est pour cela qu’il peut en vouloir tellement à la femme, et qu’il a besoin de la dominer et de la soumettre.

En effet, désirer les femmes rend les hommes esclaves de leur désir. Le sexe masculin peut être exhibé, érigé, et brandi à l’envi comme signe de puissance. Cependant, son extériorité constitue une fragilité, et le signe risque de devenir celui de l’impuissance. Car c’est celui, irréductible par excellence, de l’impuissance du moi de l’homme à commander ce qui est pour lui de la plus grande importance : l’érection de sa puissance virile. « Le moi n’est pas maître en sa demeure » dit Freud. C’est le domaine où l’inconscient s’impose de la façon la plus intempestive. D’où, peut-être, cette extraordinaire valorisation, pour ne pas dire cette divinisation du phallus en majesté.

Cette organisation phallique, celle de la survalorisation narcissique du pénis, est, nous l’avons vu, héritière d’une théorie sexuelle infantile.

« Le fiasco est l’honneur de l’homme » énonce, non sans humour, Jean Laplanche …car les bêtes ne le connaissent pas, qui s’accouplent « bêtement ». L’impuissance masculine, ancrée sur l’angoisse de castration, est de nature purement narcissique, phallique.

  1. Pommier déclare que «L’amant est peut-être l’artisan de l’amour charnel, mais, à l’heure de l’orgasme, il n’est plus qu’un témoin ». « Les hommes jouissent de la jouissance de leur compagne, qui les obsède et les rend jaloux… Toutes les extases sont féminines, au même titre que seul le féminin est sujet à l’orgasme. Celui des hommes n’en est que l’écho ». J’associe personnellement à « l’amant de jouissance » évoqué dans mon livre.

Pour ma part, j’ai différencié l’orgasme, qui est retour dans le moi et dans sa logique plaisir/déplaisir, de la jouissance, qui est au-delà du principe de plaisir dans une variable jouissance/douleur. Pour la femme, mais je pense aussi pour l’homme, lorsque ses défenses anales et phalliques sont lâchées.

Lacan écrit : « Quel est celui qui, au nom du plaisir, ne mollit pas dès les premiers pas un peu sérieux vers sa jouissance ? » [9]. J’ajouterai : vers la jouissance de l’autre ?

Que fait un homme pour se dé-frigidifier, pour aller lui-même et emmener la femme vers la jouissance sexuelle ? Quelle conscience a–t-il de la nature du sexe de la femme, de son rapport à la jouissance ? Ressent-il qu’il aura à trouver en son propre sexe la force, l’agressivité ou la cruauté nécessaires pour vaincre les défenses anales et phalliques de la femme ? Peut-il entrevoir que c’est en arrachant ainsi le féminin de la femme qu’il pourra arracher simultanément son propre masculin à la logique phallique/castré ? Est-il prêt à se démettre, pour un temps, du contrôle de son moi, à lâcher les angoisses  d’un pénis qui tend surtout à vérifier sa solidité dans la relation sexuelle. Pourra-t-il « surmonter » (terme freudien) ses angoisses de féminin, s’affronter aux grandes quantités libidinales que demande et exige le sexe féminin ? Ainsi que les angoisses d’engloutissement, de dévoration et de castration que génère l’imago de la mère archaïque, cannibale et castratrice ? Parviendra-t-il à « prendre » la femme dans la mère, ou la mère dans la femme ?

Freud a la hardiesse de le prescrire : « Pour être, dans la vie amoureuse, vraiment libre et, par là, heureux, il faut avoir surmonté le respect pour la femme et s’être familiarisé avec la représentation de l’inceste avec la mère ou la soeur » [10].

Le masochisme

Le chapitre de G. Pommier sur les femmes mystiques est fort intéressant et très documenté. On peut faire le lien entre la jouissance féminine et le masochisme érotique féminin, celui que j’ai théorisé dans mon ouvrage.

Je pense qu’il n’y a pas de jouissance sexuelle sans masochisme psychique. Ce masochisme érotique je le qualifie de féminin, car il concerne la révélation du féminin aussi bien pour l’homme que pour la femme. Il assure un mode de liaison des grandes quantités libidinales que promeut la relation de jouissance. Les femmes y sont davantage enclines, de par leur structure psychique, physiologique et sexuelle ; tandis que les hommes sont en principe mieux armés pour la réduction des quantités par leur angoisse de castration et le recours à l’analité. Les femmes ont donc davantage besoin d’un masochisme érotique, étayé sur un solide noyau de masochisme érogène primaire, défini par Freud comme première liaison entre Eros et la pulsion de mort. Si elles ne rencontrent pas celui qui le leur arrache, c’est vers le masochisme moral qu’elles se tourneront. La jouissance sexuelle est masochiste pour les femmes, sinon elle est phallique. Les femmes le ressentent davantage, du fait de l’ouverture et de la pénétration de leur intérieur. Comment comprendre autrement que la plupart des mystiques révulsées et extatiques soient des femmes ?

Je suis reconnaissante à Lacan d’avoir tracé une théorisation de la jouissance, à laquelle il a recours pour remanier l’ordre symbolique au profit du non symbolique, de l’illimité, du « sans bord ». La femme, pour n’être « pas toute » dans la jouissance de la fonction phallique, aurait une jouissance « supplémentaire ». Le terme « supplémentaire », insiste-t-il, exclut le « complémentaire ». « Une jouissance à elle, écrit-il, dont peut-être elle-même ne sait rien, sinon qu’elle l’éprouve – ça elle le sait. Elle le sait, bien sûr, quand ça arrive. Ca ne leur arrive pas à toutes » [11].

Et il dérive alors sur les mystiques.

J’ai beaucoup apprécié le travail que Claude-Noële Pickmann a impulsé, dans son groupe Asphère sur la question du féminin. J’ai eu la chance d’y participer.

Cependant, je reste fidèle à Benno Rosenberg et à son important travail sur le masochisme [12]. Il a bien recommandé de ne pas confondre le sadisme du surmoi avec le masochisme du moi. Dans les cas où flagellations et maltraitances sont auto-infligées chez les femmes mystiques, G.Pommier estime qu’il s’agit de punitions et que c’est un appel au père, « qui répond toujours présent, fouet en main ». Il s’agirait, à mon sens, du sadisme du surmoi, héritier paternel.

Tandis que du côté des extatiques, c’est le masochisme du moi qui s’exprime, véritable scandale pour Freud, celui de ressentir de la jouissance dans la souffrance. Il ne s’agit plus alors que de culpabilité et de punition, mais de soumission amoureuse masochiste, celle du masochisme érotique féminin, qui fait dire à la femme amoureuse à son amant : « fais-de moi ce que tu veux », et qui permet à la femme mystique de s’envoyer en l’air dans l’extase vers Dieu, le suprême amant. Comme Thérèse, en état de pâmoison, comme Angèle de Foligno qui, debout près de la croix, se met nue et s’offre au Christ.

La bisexualité

  1. Pommier se réfère à la bisexualité, et au mythe de l’androgyne. Nous avons eu un échange, lui et moi à propos de ce mythe, au sujet de la traduction de la côte d’Adam, qui n’est autre que son « côté ».

Pour lui, la castration est un équivalent de la bisexualité psychique parce que le garçon est féminisé par son père, c’est-à-dire castré. Mais la lutte contre cette féminisation l’excite, et donc le masculinise.

Je pense que la bisexualité est remise en question au moment du conflit œdipien puisqu’il s’agit à ce moment-là de choisir un sexe. La bisexualité se maintient, au niveau des identifications, mais au niveau des investissements le choix d’un sexe se pose, et il peut bien évidemment osciller pendant un certain temps entre le désir du père et le désir de la mère. Le moment décisif est celui de la désillusion concernant la mère phallique bisexuelle, toute puissante, celui où garçons et filles se mettent à mépriser la mère et à s’orienter vers l’idéalisation du père, père de l’identification primaire désignée par Freud, ou bien père dont la fonction est phallique.

La bisexualité psychique, si elle n’est pas identificatoire, devient défense contre le traumatisme de la perception de la différence des sexes, celui qui fut et qui peut le demeurer, celui dont Freud dit qu’il « met le trône et l’autel en danger ».

Le fétiche et la perversion

  1. Pommier considère que le fétiche, peut se situer aussi du côté des hommes (uniforme ou cravate, par exemple), et n’est pas seulement ersatzdu phallus maternel. Il estime que Freud est resté « coincé dans le cadre médico-légal de son temps ». Je ne le pense pas.

Le fétiche est un « factice » selon son étymologie. Qu’il soit bottine, natte, cravate ou uniforme, il s’agit toujours d’un objet partiel, d’un pénis-phallus partiellisé, plutôt selon une équation symbolique, selon Mélanie Klein, que porteur d’une fonction symbolique.

Le fétiche c’est l’objet partiel qui s’exhibe. La survalorisation phallique de l’objet partiel est utilisée contre l’angoisse de castration chez les hommes, et peut l’être chez les femmes contre le défaut de valorisation phallique.

Une toute petite fille se promenait avec des vieilles cravates de son père accrochées les unes aux autres pour faire une longue traine à la princesse qu’elle était. Une fille pourvue des attributs paternels. Rivale à la fois de sa mère et de son père, défiant la scène primitive.

Selon G. Pommier, Lacan aurait été plus inventif que Freud en dévoilant la face cachée du fétiche, lequel déclenche une excitation du fait que « l ‘enfant commence par être pris par sa mère comme son phallus et se délivre de cette prise en déniant la castration maternelle. Un fétiche de rencontre représente alors ce qui manque à sa mère, et ce n’est donc plus son propre corps. Dès qu’il n’est plus phallus il peut lui-même avoir une érection ».

Quand, poursuit-il, l’homme « impose l’usage d’un fétiche à une femme il dénie sa castration. Mais cela suffira-t-il pour l’exciter ? Non ! Car il faudra de plus imposer le fétiche par la force». L’imposition du fétiche excite la virilité menacée. Dans le don forcé d’un bijou, d’une parure, la violence s’exprime. « Imposer un fétiche presque par force à un autre, c’est ne plus l’être soi-même ».

Freud, dit G. Pommier n’a pris en considération que la signification phallique du fétiche, et pas son usage transgressif, coupable. D’où l’importance de la cravache. Celle-ci devient, dit-il, un fétiche de premier ordre, qui « montre la double face du fétiche – entre phallus maternel – et symbole du père », celui qui punit. « L’angoisse maternelle fait naître un père mythique dispensateur de coups autant que de bijoux.. Lorsque le don se fait brusquement prison, le voile précieux se fait burqa ». Image forte et évocatrice.

Que dire du fétiche chez la femme ? Chez les hommes, le pénis partiellisé, rendu détachable par l’angoisse de castration, se déplace du pénis à l’enfant et à l’objet fécal, selon les transpositions des pulsions dans l’érotisme anal, article de Freud.

Lacan a écrit : « Si la position du sexe diffère quant à l’objet, c’est de toute la distance qui sépare la forme fétichiste de la forme érotomaniaque de l’amour »[13].

Cette phrase retient mon attention, car elle désigne une différence des sexes quant à la perversion,

Les femmes sont rarement fétichistes ou voyeuristes, sauf si elles doivent satisfaire ainsi leur partenaire. Si elles sont exhibitionnistes, c’est le plus souvent pour rassurer l’angoisse de castration masculine, avec les équivalents phalliques que peuvent être les objets de leur mascarade, de leur féminité. Quant à l‘homosexualité féminine, elle est le plus souvent dépourvue de la composante fétichique qui caractérise l’homosexualité masculine.

Un homme lutte contre son angoisse de castration au moyen d’un objet partiel qui est extérieur, en supplément, qui prétend représenter la castration et l’absence de castration. Ce peut être une bottine, une natte à couper, une voiture ou une jolie femme à exhiber.

Une femme lutterait-elle contre son angoisse de féminin, de pénétration, d’ouverture au moyen d’un objet partiel qui renvoie à l’intérieur, au creux, au dedans ?

J’ai soutenu que la perversion féminine porte sur son intérieur, sur ce par quoi la femme est pénétrée, sur ce qu’elle peut ou non en contrôler.

J’ai désigné deux modes de perversion féminine :

Ceux qui portent sur des objets partiels substitutifs de la sexualité féminine : le pénis, l’enfant, l’alimentaire.

Ceux qui dévient et exacerbent la spécificité de la sexualité féminine : la perversion à tendance érotomaniaque et le masochisme pervers.

  1. Pommier a évoqué les seins des femmes dans leur fonction symbolique. On peut aussi leur attribuer la fonction d’objet partiel. Du fait que les femmes ne peuvent pas montrer leur sexe, quand elles se mettent nues, elles ne peuvent exhiber que leurs seins. Les seins peuvent alors être utilisés comme fétiches, objets partiels pourvus d’une considérable valeur phallique. Ce que le styliste Jean-Paul Gaultier a su exploiter avec ses modèles, femmes et hommes, exhibant des seins érigés en forme d’obus pointus.
  2. Pommier évoque les seins nus devenus symbole politique, ceux de la Révolution française, de la République. Les Femen en sont un autre exemple. Effectivement, le politique a rapport avec le phallique. La domination est d’essence phallique, elle peut être exercée aussi bien par des femmes, dominatrices phalliques, que par des hommes phallocrates.

Comme le dit G. Pommier, exhiber la féminité a été la cause première de l’oppression. En effet, cette exhibition peut représenter une menaçante rivalité phallique. Le « féminin », c’est l’intérieur, invisible et inquiétant, c’est la chair. Tandis que la féminité, c’est le corps, c’est la possibilité d’exhiber des équivalents phalliques, ce qu’a décrit Joan Rivière dans son article sur la mascarade féminine. L’exhibition, c’est excitant pour les hommes, parce que la rivalité excite et exalte le phallique. Mais si une femme ne veut pas être excitante, ne veut pas séduire, ne veut pas être en rivalité phallique, elle peut s’habiller, dit G. Pommier, avec un sac de patates.

Il est spectaculaire de constater à quel point la rivalité avec la femme nue est insupportable pour le narcissisme phallique. Tel ce président, pour lequel les statues dénudées du Capitole à Rome ont dû être voilées, coffrées.

Le masculin, quant à lui, est d’une autre étoffe. Assimiler le phallique au masculin c’est une nécessité du premier investissement du garçon pour son pénis, mais à l’heure de la rencontre sexuelle adulte, phallique et masculin deviennent antagonistes. Au-delà du phallique, donc, le féminin, …et le masculin.

J’ai trouvé très intéressante la réflexion de G. Pommier  selon laquelle l’orgasme rejoue la naissance du monothéisme par la chute de l’idole paternelle, et que grâce aux fils cela libère le Saint-Esprit de sa prison de chair. Faire l’amour avec le fils, qui s’est fait homme, c’est à nouveau tuer le père, dit-il, et donc cela libère la chair et la jouissance orgastique.

Il poursuit en stigmatisant le passage du polythéisme au monothéisme par l’advenue d’un rejet massif du féminin et la condamnation de l’homosexualité. On ne peut que le suivre quand il dit que le féminin a été et reste le malaise dans la culture. Mais, pour lui, il concerne en premier lieu celui des hommes, plus angoissés que les femmes dans l’effroi de devenir la femme du père.

La répression des femmes, dit-il, a eu d’abord un motif sexuel : l’angoisse des hommes devant le féminin. Le refoulement se transforma en répression contre les femmes. L’angoisse du féminin a engendré une société répressive dont l’acte fondateur est la ségrégation des femmes.

Dieu au ciel, la femme taboue sur terre. Dieu ou la femme ? La concurrence est rude, dit-il. Les hommes résistent à la séduction féminisante du père en rejetant le féminin, puis en désirant les femmes qui portent cette croix pour eux.

La lutte entre hommes, la guerre, la lutte des classes procéderait-elle de leur angoisse de féminisation, interroge-t-il ?

Une dernière question importante est soulevée par G. Pommier : « Pourquoi le patriarcat de l’Antiquité a-t-il été moins répressif à l’égard de la féminité que les trois religions monothéistes, et qu’il ne l’a pas du tout été à l’égard de l’homosexualité ? »

Je pose que le statut des femmes est l’emblème de la civilisation. Il est le miroir de la structure et de l’histoire d’une civilisation, le pivot et le révélateur de ce qui change dans une société, le symptôme des crises et des enjeux de pouvoir entre les sexes, l’emblème de toute égalité.

Les premières images du film Salafistes portent sur la police du corps des femmes.

« Les dieux de l’Antiquité, écrit G. Pommier n’imposaient aucun interdit sexuel ni la moindre culpabilité… Le parricide symbolique de la chute des idoles calma l’angoisse provoquée par leur désir jaloux. Plus l’amour de Dieu fut exigeant plus le féminin fut réprimé. L’image de Dieu devint taboue tandis que s’aggrava sur terre la répression de la féminité et que l’homosexualité fut punie de mort ».

Je vais oser prolonger sa remarque par une fantaisie, au risque de l’anathème. Face aux sanguinaires fous de dieux qu’a engendré la dérive fanatique des trois monothéismes, pourrions-nous rêver de revenir au polythéisme grec, et à ce qui demeure le socle de notre langue et de notre culture, puisque c’est encore le serment d’Hippocrate que prononcent la majorité des soignants que nous sommes ?

 

Merci à Gérard Pommier de nous faire penser, trembler et rêver.

titre-aspasia

[1] Pommier G. (2016), Le féminin, révolution sans fin, Pauvert.

[2] Freud S. (1937), « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin », Résultats, idées, problèmes, II, Paris, PUF, 1985.

 

[3] Schaeffer J. (2006), « Le tabou du féminin », Interdit et tabou, Monographies et Débats de Psychanalyse, Paris, PUF. Et dans L’Infini, Automne 2009, n° 108, Gallimard.

 

[4] Schaeffer J. (2009), « Le tabou du féminin », L’Infini, n° 108, Gallimard.

 

[5] Schaeffer J. (2009), « Eve ou Lilith ? Les transgressives », Transgression, Monographies et débats de psychanalyse, Paris, PUF.

 

[6] Villa F. (2013), « Le père, un héritage archaïque ? », Le Paternel, Revue française de psychanalyse, tome 5, spécial congrès.

[7] Freud S. (1937), op. cit.

[8] Schaeffer J. (2013), Le refus du féminin (La sphinge et son âme en peine), Coll. Quadrige, 6e ed. Postface de R. Roussillon. (1e ed. 1997, coll. Epîtres), Paris, Presses Universitaires de France

 

[9] Lacan J. (1966), « Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine », Ecrits, Paris, Ed. du Seuil, 1966

 

[10] S. Freud (1912), « Sur le plus général du rabaissement de la vie amoureuse, Contributions à la psychologie de la vie amoureuse », La vie sexuelle, Paris, PUF, 1970.

 

[11] Lacan J. (1972-1973),  Encore , Le Séminaire, livre XX, Paris, Seuil, 1975.

 

[12] Rosenberg B. (1991), « Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie », Monographies de la Revue française de Psychanalyse, Paris, PUF.

 

[13] Lacan J. (1966), op. cit.

 

 

 

Dictionnaire poético-humoristique de Woody Allen

imagesWA

Le masochisme

La seule façon d’être heureux c’est d’aimer souffrir.

aspasia-yLe sadisme comme lien

Mes parents avaient vécu quarante ans ensemble, mais par pure animosité

aspasia-yLa masturbation

Hé ! Ne te moque pas de la masturbation ! C’est faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime…

aspasia-y Ni l’inconscient ni Woody Allen ne conçoivent la mort

Ce n’est pas que j’aie vraiment peur de mourir, mais je préfère ne pas être là quand ça arrivera.
aspasia-yLa Bisexualité

Pour ma part, je suis hétérosexuel. Mais il faut le reconnaître, le bisexuel a deux fois plus de chances le samedi soir.

 aspasia-yLa Phobie

Je ne mange pas d’huîtres. Je veux que mes aliments soient morts. Ni malades, ni blessés… morts.

aspasia-yLa sublimation

Mes films sont une forme de psychanalyse, sauf que c’est moi qui suis payé, ce qui change tout !

aspasia-y Le pervers polymorphe en chaque homme

Est-ce que le sexe est sale ? Seulement quand il est bienfait.

a-savante