Archives mensuelles : février 2016

trainMémoire et inconscient: entre plaisir du temps retrouvé et traumatisme indélébile du passé douloureux

Par Michel Lhuilier  SPP

L’objet de ce texte, qui est largement inspiré par la pensée de S. Freud traduite et présentée par J. Laplanche et J.B Pontalis dans le « vocabulaire de la psychanalyse » 1967 est de confronter ces théorisations au regard de réflexions cliniques actuelles.
Nous cherchons, consciemment ou non, dans notre mémoire du passé, à retrouver dans le présent, le plaisir d’une « perception identique à celle qui, à l’origine, fut liée à la satisfaction du besoin », ou du désir, avec des objets disparus, cela à défaut d’une satisfaction réelle,
Dans le rêve, l’image mnésique d’une certaine perception reste associée à la trace mnésique de l’excitation résultant du besoin ou du désir.
D’une manière générale, le besoin, né d’un état de tension interne, trouve sa satisfaction par l’action spécifique que procure l’objet adéquat ou, à défaut, par sa représentation hallucinatoire.

Le désir est également lié à des « traces mnésiques » et trouve son accomplissement dans la reproduction hallucinatoire de perceptions devenues des signes de satisfaction. C’est l’agencement de ces signes qui constitue le fantasme corrélatif du désir. Dès que ce désir survient, une motion psychique cherche à réinvestir l’image mnésique de cette perception et à l’évoquer, c’est à dire à rétablir la situation de la première satisfaction. La réapparition hallucinatoire ou réelle de la représentation est accomplissement de désir.

Le désir est au delà du besoin auquel il est irréductible, car il n’est pas relatif à un objet réel mais dépend du fantasme du sujet. Il est également irréductible à la demande car il cherche à s’imposer sans tenir compte du langage et de l’inconscient de l’autre et exige d’être reconnu absolument par lui. Le désir n’est donc jamais pleinement satisfait.

Cette recherche, est au fond, une demande fantasmatique d’amour adressée à l’autre.

Elle est une référence à l’expérience de satisfaction avec des objets électifs perdus et elle est au fondement du fonctionnement psychique. Elle est énergie, manifestation de la pulsion de vie au contact de la réalité extérieure. Elle est animée par les pulsions d’origine somatique qui sont représentées dans le psychisme par des représentations et des affects. Les pulsions sont duelles, opposées et continues : Amour et Discorde. Elles règlent l’activité de l’organisme et se manifestent également par les symptômes qui sont des moyens d’aménagement, de compromis entre elles et de l’expérience de la réalité.

Le résultat de la recherche de la satisfaction et du plaisir comme de l’évitement du déplaisir n’est donc pas univoque : Certains souvenirs se rapportant à des expériences sensorielles douloureuses éveillent à la fois sensation de déplaisir et tendance à la décharge au point que le cours de la pensée peut en être rompu. Ce qui a été refoulé, dénié ou rejeté tend à faire retour dans le présent, y compris dans la cure et cela constitue la base du transfert.

Le fonctionnement psychique implique la liaison de ces éléments contradictoires : plaisir, déplaisir, dans des chaînes associatives de traces mnésiques de représentations de choses ou de mots qui limitent le libre écoulement des excitations, relient les traces entre elles et maintiennent une certaine cohésion de l’ensemble.

Ces chaînes permettent la fixation d’une certaine quantité d’énergie libre qui est ainsi liée, pour reprendre la référence de Freud dès 1895 : « Projet de psychologie scientifique ». Cela implique l’action réciproque de ces traces dans un système déjà investi et formant un tout que le Moi peut   figurer.

Ce que recherche le désir pulsionnel est l’obtention de la pleine satisfaction au point où l’objet est inséparable de ses traces.

La mémoire, est cet instrument de recherche. Comme nous sommes tournés vers l’avenir, elle cherche à l‘éclairer à partir des souvenirs du passé qui sont continuellement remaniés par le compromis nécessaire à l’adaptation à la réalité vécue dans le présent. La mémoire est donc aussi un instrument d’adaptation à ce présent. Le résultat rétroagit sur le passé et influence la représentation de l’avenir. Ces deux temps s’influencent réciproquement et leurs contenus se modifient constamment, comme si le tissu mémoriel était souple.
C’est ainsi que l’on peut décrire sommairement le fonctionnement commun de la mémoire dans la psyché.

Qu’en est-il à la suite d’un trauma ?

Celui-ci peut survenir au cours d’échanges avec le premier objet lors des premiers mois de la vie ou au cours de celle-ci, du fait d’un événement brutal et inattendu.
La première conséquence en est la séparation des représentations et des affects correspondant, ce qui permet la répression de ces derniers et leur transformation en action, ou en manifestations de caractère, par exemple.

Les représentations, qui se fixent, évoquent l’événement traumatique lui-même et sont particulièrement vives. Au centre, une lumière fascinante s’impose. Un brusque déséquilibre entre le niveau des excitations internes et externes s’est produit. Le pare excitation a été fracturé. Le contexte, en revanche, est flou, son souvenir atténué. L’ensemble est isolé, comme si le tissu mémoriel avait été brûlé.

Si les affects paraissent moins vifs que les représentations le laisseraient supposer, c’est que les affects sont insupportables : il s’agit de la sidération du Moi, de l’effroi, de la détresse qui évoquent, par régression, la situation du nourrisson menacé par la défaillance de l’objet maternel ou, pour un adulte, une stimulation externe intense, provenant d’un choc brutal et exceptionnel vécu comme une menace tout à fait imprévisible et mortelle.

Il en résulte une fixation spatiale et temporelle, en ce sens que non seulement le souvenir ne s’efface pas mais qu’il se répète avec une grande acuité représentative. La répétition de la menace du trauma est une menace terrifiante de tomber, à nouveau, dans un puits sans fond ou de s’effondrer. Le temps passé ne passe pas et la vie est organisée comme défense contre la menace  de la répétition. Elle est donc répétitive. Elle permet la mise à l’écart des affects liés directement au moment du trauma, mais au souvenir de celui-ci, reste attaché, la menace actuelle de sa répétition.

Il s’agit, par exemple, de ne pas être perdu de vue, voire d’être admirable, et toujours en contact avec l’autre donc agissant, comme si tout autre pouvait apporter ainsi une confirmation de l’existence et écarter la menace de la répétition.
Agir ainsi des processus défensifs, sous la contrainte de la répétition, pour faire échec à la menace du trauma, vécue comme actuelle, entretien la crainte que cette défense ne soit jamais suffisante, et donc la menace du trauma lui-même.

Cet exemple fait référence à l’importance de l’échange visuel mère et enfant mais il en est de même de l’échange par la parole : la langue maternelle est un objet sensori-moteur d’une grande valeur affective. L’isolement sensoriel d’un nourrisson est gravement perturbateur. Privé de l’environnement affectif traduit par le langage maternel, l’enfant ne saura pas qualifier les informations   et il vivra avec le sentiment continu d’être sous la menace d’une agression potentielle.

Au delà, situation plus difficile, il peut rester dans certains cas à l’enfant le souvenir d’un objet matériel, par exemple, auquel il peut s’identifier, souvenir écran donc, lié au moment traumatique, à lui-même et à l’objet premier. Le sens de ce souvenir est dissous par le fait qu’il est, non pas une représentation symbolique mais la représentation condensée de plusieurs choses.

Il y a défaut de subjectivation. Le trauma atteint l’identité narcissique. Il n’y a plus seulement le conflit pulsionnel, la sexualité infantile et le conflit œdipien. Il n’y a plus seulement la parole à entendre mais aussi les agirs, voire les délires et la mémoire sensorielle du corps en quête de sens.
La question n’est plus celle de la névrose : « Voyez en quoi vous êtes l’artisan de votre malheur » mais devient «  voyons ensemble quelle pensée possible, quel jeu pour le Je »

Ces exemples concernent des traumatismes précoces. La portée du traitement psychanalytique et le destin de ces enfants seront différents.

La gravité du choc traumatique dépend de la relation de l’enfant avec son premier objet et, pour un adulte, de la qualité relationnelle avec son passé d’enfant.

Lorsque Freud parle de la névrose traumatique, il insiste sur le caractère à la fois somatique (ébranlement) de l’organisme provoquant un afflux d’excitation, et psychique (effroi). Il ajoute que cet « état survient quand on tombe dans une situation dangereuse sans y être préparé » il semble bien que ce soit là le facteur déterminant de la névrose traumatique qui se caractérise par une effraction des limites du moi et une limitation des capacités de liaison. Le choc traumatique entraine une brusque libération d’énergie qui, dès lors, tend de façon incoercible à la décharge et à l’angoisse. (référence Freud 1895. Les circuits énergétiques sont bouleversés.

Quelles sont les conditions de préparation à des situations potentiellement traumatiques. ?

Il semble assuré qu’il faille avoir un récit de soi intégré dans le temps vécu, une histoire que l’on s’est approprié. Il faut que le passé puisse être pleinement assumé dès l’origine,

En effet, les souvenirs sont connotés par la manière dont on se sent dans l’instant présent. Si l’on est occupé à répéter des défenses infantiles, on est absent à soi donc vulnérable face à l’imprévisible. Si l’on est dans la crainte, fût elle inconsciente, du retour de la menace passée, le choc de la rencontre avec une menace inattendue est d’autant plus fort. Une situation traumatique est d’autant mieux supportée, que l’on peut se référer, fût-ce inconsciemment, à un passé sécurisant.
Ce qui protège des aléas traumatiques à venir est dans la qualité du passé vécu

Citons à titre d’exemple   l’ « Histoire d’une vie » d’Abraham Appelfeld »

il reste à s’interroger sur l’analogie entre le trauma infantile et le trauma survenu à l’âge adulte. Ce dernier ne pourrait-il constituer une régression.. Les deux formes de la névrose traumatique ayant alors le même sens : celui d’une menace de mort par abandon brutal ? Freud a laissée ouverte la question : «  il est possible que ce que l’on appelle névroses traumatiques constituent une exception ; toutefois leurs relations avec le facteur infantile se sont jusqu’ici soustraites à nos investigations » « Abrégé de psychanalyse »1938.

Michel Lhuilier  SPP

yeuxPanorama des prises de positions de l’Association Psychanalytique Américaine ( APSaA) sur les sujets sociétaux depuis 1970 :   de l’avortement au mariage homosexuel en passant par les traitements des soldats américains …
par Prudence L. Gourguechon

En l’honneur de notre centième anniversaire, je veux partager avec vous quelques points marquants dans l’historique de la communication des positions de l’APsaA.
C’est en mai 1970  pour  la première fois dans l’histoire de l’Association qu’une déclaration sur un problème politique a été faite. » Cette déclaration s’opposait à l’extension des opérations militaires en Asie du Sud-Est. Elle faisait référence, avec à-propos, à des préoccupations « psychanalytiques » : par exemple, la croissance menaçante de l’anxiété et des conflits au sein de la population engendrée par la politique de guerre (APsaA, 1970b).
Lors de cette même réunion de 1970, le Conseil a approuvé une déclaration sur l’avortement.
L’APsaA a  pris  position pour le droit des femmes à choisir si elles voulaient ou non poursuivre leur grossesse. Albert Solnit était alors  le nouveau président (Association Psychanalytique Américaine, 1970a).
Plus proche d’intérêts professionnels directs, une déclaration de 1972 sous la présidence de Robert Wallerstein portaient  sur différentes questions qui anticipaient l’assurance nationale de santé.
Une prise de position de 1973, historiquement intéressante, est intitulée, avec une simplicité trompeuse, « Le Droit d’un Patient à la Confidentialité. » À l’époque c’est  Burness Moore qui  succédait à Edward Joseph à la présidence.
Il s’agissait là  d’une réponse directe à l’action détonante et infâme de l’administration Nixon concernant le psychiatre de Daniel Ellsberg1. Vous vous rappelez qu’Ellsberg était l’organisateur des fuites des Papiers du Pentagone qui avait beaucoup embarrassé l’administration et contribué à précipiter la fin de la guerre au Vietnam. En 1971, Gordon Liddy2 et E. Howard Hunt3 avaient prévu une mission pour forcer l’entrée du bureau du psychiatre d’Ellsberg, Lewis Fielding, à la recherche d’informations qui pourraient être employées pour discréditer Ellsberg. Les cambrioleurs n’en ont trouvé aucune. Le cambriolage, qui n’a été révélé que deux ans après, a eu des effets dramatiques, dont  les démissions de John Dean4, John Ehrlichman5, H.R. Haldeman6 et Richard Kleindeinst7. Voici la déclaration de l’APsaA
Nous sommes  totalement  opposés  au détournement d’informations destinées au seul médecin et données spécifiquement  à des fins des thérapeutiques. Toute intrusion non autorisée dans une relation si confidentielle est totalement inacceptable en raison de la nature extrêmement personnelle et sensible de la communication.
Le dévoilement peut menacer la thérapie et le bien-être du patient en plus que de violer le droit à l’intimité individuelle, fondement d’une société libre et démocratique.
Plus particulièrement, nous protestons fortement contre l’utilisation de ces  informations en vue de critiquer une personne ou pour influencer le processus politique [Association psychanalytique américaine, 1973].
En 1974, une lettre signée par le président Burness Moore a été envoyée aux autorités de l’Union Soviétique pour protester contre l’emprisonnement psychiatrique de prisonniers politiques (Moore, 1974).
En 1978, Robert Wallerstein a mené un effort infructueux pour faire adopter une prise de position soutenant l’amendement sur l’égalité des droits et proposant que l’APsaA refuse de tenir ses  conventions dans les États qui ne l’avaient pas promulgué. Bien que la mesure ait été approuvée par la majorité des participants au Meeting des membres, l’absence de quorum a signifié qu’elle n’était pas adoptée comme politique de l’APsaA. Le compte-rendu de la discussion à cette occasion est particulièrement intéressant :
« De part et d’autre, cette motion a été beaucoup discutée. Le docteur Wallerstein a indiqué  que les enjeux de cette question n’étaient pas d’ordre politique. Il a pensé que c’était vraiment une question très simple voire  humanitaire d’une part, ou de droits civiques de l’autre. Il a pointé que si notre Association souscrit vraiment à l’égalité des droits pour toutes les personnes, le moins que nous puissions faire est de soutenir cette très simple et franche déclaration en faveur de l’amendement pour l’égalité des droits […].
Le groupe opposé à la motion a soulevé la question qu’une telle action de l’Association serait politique. […] L’argument contre l’adoption de la motion du mouvement a été formulé en termes que notre Association comme institution scientifique ne devrait pas s’impliquer dans ce qui était considéré comme des activités politiques [Association Psychanalytique Américaine, 1978]. «
Naturellement, cette discussion sans fin reste toujours d’actualité au sein de notre institution. Huit ans après les prises de position hautement politiques concernant le Vietnam et l’avortement, quelques membres soutenaient toujours que notre institution est uniquement scientifique et ne devrait pas être impliquée dans des activités politiques.
Finalement, nous les avons poursuivies alors comme nous continuons de le faire aujourd’hui.
En 1978 et en 1981 les présidents Alexandre Kaplan et Arnold Cooper ont envoyé des lettres véhémentes aux autorités argentines concernant les collègues qui avaient « disparu » (Kaplan, 1978 ; Cooper, 1981).
En 1982, sous la présidence de Cooper, l’Association a publié une déclaration sans concessions pour réclamer la réduction des armes nucléaires et la cessation définitive de la menace de guerre nucléaire. Cette déclaration est particulièrement intéressante en raison de l’utilisation dense de concepts psychanalytiques dans l’élaboration de son argumentation. Par exemple, elle mentionne l’exaltation à se défendre et les dénis mortifères quand des situations inquiétantes débordent nos capacités à les affronter (Cooper, 1982b). En outre, en 1982, nous avons approuvé une déclaration dans laquelle nous nous opposions à la nécessité d’un avis parental pour l’adolescent qui souhaite avoir recours à l’avortement (Cooper, 1982a).
Deux ans plus tard, en 1984, le président Morton Reiser a écrit une autre lettre dénonçant le péril nucléaire, et en 1986 le Conseil a encore approuvé une autre déclaration sur la course aux armements nucléaires que Richard Simons, alors président, a transmis dans une lettre au Président Reagan. Régissant à la catastrophe de Tchernobyl, nous avons déploré les relations dangereuses et suspicieuses entre les États-Unis et l’Union Soviétique pour réclamer davantage d’entretiens et de négociations (Simons, 1986b). En outre en 1986, l’emprisonnement d’un dissident soviétique a fait l’objet d’une lettre de Simons à Mikhaïl Gorbatchev (Simons, 1986a).
Laissez-moi maintenant me tourner vers des efforts de recommandation récents, que je vais présenter comme trois « études de cas ».
Cas 1 : Les questions LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels)
Depuis plus de dix-sept ans, le Comité de l’APsaA : « Lesbiennes, Homosexuels, Bisexuels et Transsexuels » a élaborée attentivement une série de déclarations construites avec la plus grande attention. Deux aspects du travail du comité doivent être particulièrement signalés : (1) le maintien d’une perspective psychanalytique (par exemple, en ce qui concerne la politique militaire « Ne demandez pas, ne parlez pas »8, l’importance de la relation humaine pour la modulation du traumatisme et l’effet psychologiquement destructeur de devoir se cacher ou d’enfouir son vrai moi sont soulignés) ; (2) les positions préconisées s’appuient sur des recherches détaillées.
Une déclaration de 1991 sur l’homosexualité, modifiée en 1992, a condamné la discrimination à l’encontre des personnes homosexuelles, hommes et femmes et a engagé les instituts de formation de l’APsaA à sélectionner les candidats sans prendre en compte leur orientation sexuelle (Association psychanalytique américaine, 1991/1992).
Une déclaration de 1999 sur la thérapie réparatrice a indiqué que des efforts de convertir ou « réparer » les personnes avec une orientation homosexuelle sont non psychanalytiques et néfastes aux patients (Association psychanalytique Américaine, 1999).
En 2002, l’APsaA a publié une déclaration sur la parentalité gay et lesbienne en affirmant qu’en ce qui concerne les décisions sur la parentalité, y compris la conception, la grossesse, l’adoption, les droits de garde et de visite, le seul critère considéré devait être le meilleur intérêt de l’enfant ( Association psychanalytique Américaine, 2002).
Une prise de position de 2008 sur le mariage se prononce en faveur de la reconnaissance juridique du mariage civil de même sexe. Cette déclaration est particulièrement détaillée dans ses motivations et la documentation sur laquelle elle s’appuie (Association psychanalytique américaine, 2008a).
En 2009, l’APsaA a publié une déclaration réclamant l’abrogation de la règle militaire « Ne le demandez pas, ne le dites pas » et elle a été apparemment la première institution de santé mentale à agir de la sorte (Association psychanalytique américaine, 2009).
Chacune de ces déclarations est rédigée, documentée et contrôlée par le comité LGBT. Elle ensuite approuvée par le Comité de direction et envoyée au Conseil d’administration pour approbation. Une fois approuvé par le Conseil, elle devient une position officielle de l’institution et peut être employée par tous pour parler au nom de l’institution et de la psychanalyse. Ce processus d’approbation formel est une composante clé de l’organisation des recommandations.
Laissez-moi vous montrer comment ceci peut fonctionner dans la pratique.
En janvier 2008 le Conseil exécutif a approuvé la déclaration sur le mariage entre personnes de même sexe. Le 5 novembre 2008, la Californie a adopté la proposition 8, qui a interdit le mariage entre personnes de même sexe dans cet Etat. Le 6 novembre, j’ai envoyé un mail à Jake Lynn, Directeur des Affaires publiques de l’APsaA et à Ethan Grumbach, président du comité LGBT, en leur suggérant que nous fassions un communiqué de presse. Jake a enrôlé Warren Procci, le président élu de l’APsaA et un résident de la Californie, pour donner leur avis. Nous avons tous collaboré à la rédaction du communiqué de presse : « Les psychanalystes désapprouvent le vote de la Californie interdisant le mariage homosexuel ». Le communiqué, publié le 8 novembre, comprenait cette phrase : « En accord avec son soutien général à la justice sociale, l’APsaA a publié une déclaration au début de l’année en faveur de la reconnaissance juridique du mariage civil de même sexe et son opposition à la discrimination contre les couples de même sexe » (Association Psychanalytique Américaine, 2008b).
Le communiqué de presse comprenait un lien vers la déclaration de l’APsaA sur le site Internet (ce qui est essentiel parce qu’il apporte une fréquentation à notre site où les lecteurs peuvent trouver d’autres informations les intéressant en dehors du sujet du moment), des citations de Warren et d’Ethan, les recherches appropriées et des informations sur nos précédentes déclarations.
Ce que je veux souligner c’est que notre réponse publique rapide dès le 6 novembre n’aurait pas été possible sans la déclaration approuvée par le Conseil onze mois plus tôt et naturellement sans tout le travail soigneux et pas à pas du comité LGBT tout au long des dix-sept années précédentes. Je pense que la leçon est la suivante : Il est important d’anticiper l’actualité, de développer nos positions au sein de comités appropriés, d’écrire des déclarations et d’être prêts à les diffuser dans des communiqués de presse et des interviews d’actualité quand des événements décisifs les mettent à l’ordre du jour.
Avant de quitter le sujet de notre recommandation sur les questions LGBT, je veux porter à votre connaissance que quelques membres croient que toute déclaration d’autosatisfaction louangeuse dans ce secteur (et j’admets sans forcer que ma revue historique est présentée avec fierté) devrait être fortement tempérée par la reconnaissance du passé historique de discrimination contre des homosexuels dans notre profession, et même des exemples actuels d’homophobie dans nos instituts. Nous en discuterons une autre fois. En bref, mon point de vue est que notre conservatisme passé bien connu donne du crédit à nos positions actuelles et bien que notre passé ne doive pas être nié, il n’est pas non plus utile de revenir vers lui pour faire un mea culpa chaque fois que nous parlons des questions gay.
Cas 2 : Réforme de l’immigration
J’ai choisi cette question à des fins d’illustration précisément parce que nous n’avons rien fait à son propos. Il y a eu des pistes- ou peut-être des espoirs- que la réforme de l’immigration serait sur l’agenda du Président Obama dans la deuxième moitié de son mandat. Puisque nous devons être prêts avant que la loi soit rédigée et débattue, nous avons besoin d’une déclaration claire sur ce que les psychanalystes considèrent comme questions importantes dans ce domaine. Ce pourrait être le prix à payer pour les ruptures familles imposées comme l’humiliation de devoir se cacher, de mentir et de se sentir rejeté. Ce pourrait être l’importance de l’espoir, ou la fonction psychologique que remplit la tendance à diaboliser « l’autre ». Tout ce que nous dirons sur les forces au travail sous – jacentes aux questions de surface sera une contribution significative à la « conversation avec M. ou Mme Toutlemonde ».
Cas 3 : Soldats et Vétérans – Un travail en cours
Il y a plusieurs années, j’ai démarré l’initiative de l’APsaA pour les soldats et les vétérans. Ma première tâche a  été d’orienter vers les questions pour lesquelles je pensais que les psychanalystes (par rapport aux autres militants de la santé mentale) étaient les plus aptes à en parler. Ainsi nous avons choisi, comme questions majeurs, la nécessité de traitements à long terme (et d’accès à long terme pour ces derniers) et les conséquences de l’emploi de soldats en temps de guerre sur leurs familles et leurs enfants, en tenant compte également de la transmission transgénérationnelle du traumatisme.
Depuis la clarification sur ce focus initial, il est devenu de plus en plus évident que l’abord militaire du stress traumatique et du préjudice est fortement investie dans ce qui est appelé « la formation à la résilience », qui est avant tout une psychoéducation insistant sur des techniques de réduction du stress et sur un mode de vie équilibré. Les militaires ont alloué un montant élevé de ressources pour ces programmes inspirés par le mouvement de la « psychologie positive ». Martin Seligman et Mihail Csikszentmihalyi, dans un article publié dans le numéro de janvier 2000 de The American Psychologist, récapitulent l’approche de la psychologie positive : « Les chercheurs en prévention ont découvert que des forces humaines agissent comme amortisseurs contre la maladie mentale : le courage, un esprit tourné vers l’avenir, l’optimisme, des compétences interpersonnelles, la foi, l’éthique du travail, l’espoir, l’honnêteté, la persévérance et la capacité à la fluidité comme à l’insight pour en citer quelques-uns. Une grande partie de la tâche de la prévention dans ce nouveau siècle sera de créer une science de la force humaine dont la mission sera de comprendre et apprendre comment stimuler ces vertus chez les jeunes gens » (Seligman et Csikszentmihalyi, 2000, p. 7). Il est facile de voir pourquoi les militaires ont été attirés par ces mots. S’il était possible stimuler ces traits positifs aussi bien avant qu’après le combat, on pourrait concevoir des soldats immunisés contre le traumatisme ou le désespoir.
Naturellement nous savons, comme les militaires, que cette approche, en elle-même, ne marche pas. Quelques soient les instruments de mesure que vous utilisez, il apparaît qu’il y a autant de jeunes soldats qui meurent de suicide ou qui meurent au combat.
A l’automne 2010, Jim Pyles, le conseiller législatif de l’APsaA, a organisé une rencontre de l’APsaA avec le docteur Jack Smith, chargé de mission du Secrétariat à la défense pour la politique des programmes cliniques et trois autres fonctionnaires du Département de la Défense. Nous avons disposé d’une heure pour transmettre un message convaincant, éclairé par la psychanalyse, sans critiquer ou pointer les attitudes défensives de nos interlocuteurs. Grâce à la longue expérience de lobbying de l’APsaA sur la question de la confidentialité, il a été facile pour nous de transmettre un message clair sur ce thème – que la confidentialité est une composante absolument essentielle de n’importe quelle expérience de traitement réussi, et tant que les soldats ne seront pas assurés de la garantie de leur intimité, ils ne voudront pas se faire traiter quelle que soit l’intensité de leur détresse.
Que pouvions-nous dire de plus que la défense de l’intimité ? J’ai rédigé un message qui acceptait le concept de « résilience » mais j’ai soutenu que l’abord du Département de la Défense (méditation, relaxation, exercice, etc.) s’adressait seulement à un composante, quelque chose que j’ai appelée « la guérison neuropsychologique. » J’ai proposé pour la réussite de la résilience que quatre composantes supplémentaires soient mises en place : un focus sur les relations humaines, la réduction de l’anxiété, l’espoir et la possibilité de faire un récit cohérent de son expérience devant des pairs. Le bureau de Jim Pyle a écrit une lettre complémentaire de confirmation pour proposer l’aide de l’APsaA au Département de Défense dans l’évaluation et le développement de son approche du traitement. Rappelez-vous, dans la recommandation psychanalytique, votre opinion d’expert compte autant que des données empiriques. Dans ce contexte de recommandation, j’ai dû construire une théorie utile en cours de route afin que nous puissions rapporter notre pensée psychanalytique aux programmes existants et à l’état d’esprit du Département de Défense.
D’un côté, je ne suis pas exagérément optimiste quant à notre capacité de trouver un langage commun avec le Département de la Défense qui nous permettrait d’apporter un appui aux soins de santé mentale des soldats. D’un autre côté, cela vaut la peine d’essayer. Comme praticiens se consacrant au soulagement de la souffrance, nous ne pouvons pas rester oisifs en observant les soldats de notre nation souffrir inutilement. Et tout effort dans ce sens améliore notre pensée et notre message.

PRINCIPALES STRUCTURES INSTITUTIONNELLES POUR LES ACTIVITÉS MILITANTES
Certaines structures institutionnelles stables sont nécessaires pour l’efficacité des actions militantes sociales en cours. Ces structures sont les comités orientés sur une question, un « force d’entrainement, » un directeur des affaires publiques, un représentant législatif/lobbyiste, et un comité des rapports de recommandation.
Un comité orienté sur une question peut être la structure principale conduisant le processus. Ces comités identifient un problème et attirent l’attention de l’institution sur son importance. Nous disposons de comités de ce type comme le LGBT, le CORED9, la psychanalyse de la communauté, les questions sociales et l’analyse d’enfants.
La force d’entraînement est essentielle. Le processus complet a besoin de quelqu’un qui le mette en œuvre et qui s’assure qu’il est mené jusqu’à son terme. Cette force d’entraînement pourrait être un dirigeant comme le président, un président de comité, ou un membre passionné par une cause. Ainsi, exemple de ce dernier cas, Paul Holinger a été le fer de lance pour rédiger et faire approuver une recommandation sur la punition corporelle des enfants.
Nous avons beaucoup de chance – ou peut-être avons-nous été prévoyants – d’avoir deux professionnels impliqués dans ces efforts. Notre directeur des affaires publiques, Jake Lynn, obtient des interviews dans la presse, fait passer nos communiqués de presse et nous aide à construire nos messages de manière à ce qu’ils puissent être reçus par le public. Le directeur des affaires publiques identifie puis cultive des liens avec les membres capables de parler à la presse, d’écrire pour le public où d’apparaître dans des émissions médiatiques. Le directeur des affaires publiques entretient également des relations prolongées avec des journalistes.
Jim Pyles, notre lobbyiste/représentant législatif à Washington identifie les questions sur lesquelles l’APsaA aurait intérêt à se prononcer et agit en fonction de nos opinions auprès du Congrès et de l’Exécutif. Le représentant législatif maintient également des relations, au nom de l’APsaA avec d’autres institutions et coalitions de santé mentale.
En conclusion, le Comité des relations militantes, ou CAR10, l’une de mes idées, est toujours à l’état de projet. Le concept ici est que, pour des questions essentielles de notre travail d’analystes, nous devrions être nous-mêmes au premier rang pour le lobbying ou la stratégie les concernant. Le plus clair exemple ici est la question du secret et de la confidentialité. Mais de nombreuses autres questions importantes pour nous, en raison de leur impact psychologique et humain, ne sont pas aussi centrales à notre travail, par exemple : les problèmes des vétérans, la protection de l’enfance et l’immigration. Ces questions bénéficient toutes d’institutions structurées spécialisées qui ont déjà formulé des positions sur ces questions et la législation à mettre en œuvre. La mission du CAR est d’identifier les institutions appropriées réfléchissant sur ces questions quelque peu tangentielles, en les portant dans leurs recherches et leurs expertises, au point de se faire reconnaitre comme militants.
OUTILS DE MILITANTISME
Nous disposons d’un grand choix d’outils pour le militantisme, chacun ayant son champ propre et sa compétence spécifique.
L’outil fondamental est la déclaration de principe. Il est important que la déclaration soit bien structurée et contienne ces éléments essentiels : un titre ; une déclaration de notre position ; l’argument/raisonnement ; les données d’appui ; les références ; les ressources additionnelles (sites Internet,  déclarations proches, etc.). Il est important que les déclarations de position évitent le jargon et contiennent des citations. Un document donnant des indications sur l’écriture des déclarations de position peut être trouvé dans la section membres de la page d’accueil de l’APsaA, sous les outils d’extension du menu déroulant. (Gourguechon, 2009).
L’alerte d’action législative est un autre outil clé de recommandation. Il est également connu comme lettre « de pression des membres » parce qu’il est conçu pour engager l’action rapidement. L’alerte législative d’action est employée quand le Congrès est en train de débattre d’un projet de loi qui affecte directement notre profession ou est lié à une position de recommandation approuvée en tant que politique officielle de l’Association. Le président peut alors légitimement utiliser les ressources institutionnelles telles que la liste de l’Association pour alerter les membres sur la législation imminente en les invitant à écrire des lettres fondées sur les positions approuvées de l’APsaA et/ou d’exprimer leur propre point de vue à leurs représentants au Congrès et aux sénateurs. Ces alertes d’action prennent du temps et de l’attention, étant donné que l’alerte devrait inclure plusieurs composantes : une déclaration d’introduction qui oriente les membres sur cette question et les tâches qui leur sont recommandées, une ébauche de déclaration ou de lettre qu’ils pourraient souhaiter envoyer à leurs représentants, et des informations sur la manière d’envoyer leur communication (par exemple, depuis que l’anthrax effraye, le courrier papier est devenu pratiquement inutile). Quelqu’un doit écrire ces documents.
Le communiqué de presse est un outil familier de militantisme. Il peut être employé pour annoncer une prise de position, mais il est plus efficace quand celle-ci est rattachée à certains événements nouveaux. Un lien avec un nouvel événement est plus que probablement ce que les médias reprendront de l’histoire annoncée dans le communiqué de presse. Pour nous, la question principale est de montrer publiquement que nous existons toujours et que nous avons une perspective psychanalytique sur une question qui nous sollicite. Le lien avec l’actualité est nécessaire pour construire un communiqué de presse efficace.
Les points à mettre en avant, autre outil clé du militantisme, sont la condensation des idées d’un sujet particulier. Ils devraient être courts, simples quoique non simplistes et limités à trois à cinq points. Vraisemblablement c’est exactement la sorte d’hérésie à laquelle Kubie (1950) faisait allusion quand il mettait en garde contre « la réaffirmation banale des demi-vérités antiques dans les habits modernes d’une nouvelle terminologie » (p. 3)
Mais ici encore j’ai un contre-argument  -nous avons à dire quelque chose qui n’est pas banal. Si nous ne le disons pas, d’autres s’avanceront dans la brèche avec des idées beaucoup plus banales. Si nous ne sommes pas disposés à participer à l’échange général des idées, nous serons oubliés. Vous pouvez susciter l’intérêt sur une discussion d’idées approfondie seulement après que vous ayez éveillé l’intérêt sur elles. Finalement, j’ai trouvé que c’était un bon exercice intellectuel d’être forcée de condenser l’une des pensées les plus complexes et les plus diversifiées en une ou deux phrases claires.
La pétition ajoute la voix politique de notre institution à un message provenant d’un plus grand groupe ou d’une coalition. Typiquement, ces lettres débutent par un éloge appuyé pour aborder secondairement la « demande » – ce que nous souhaitons que les législateurs ajoutent ou retirent à un projet de loi. Cet outil provient des associations. L’associé ou la coalition rédige une lettre, habituellement en vue d’un lobbying législatif et l’envoie à notre représentant législatif pour que l’APsaA le signe. Notre représentant législatif, Jim Pyles, contacte alors le président, qui approuve (ou pas) la signature de l’APsaA. Si nous sommes d’accord, le nom de notre institution est ajouté à la liste des organismes signataires de la lettre. Évidemment, notre impact peut être multiplié en prenant part à une coalition comprenant des centaines de milliers de personnes qui s’ajoutent à nos simples trois mille membres. Cette sorte de coalition sur une question est commune à Washington. Tout particulièrement, l’APsaA adhère au « Groupe de liaison de santé mentale », ou MHLG11. MHLG est une coalition d’environ cinquante associations pour la santé mentale professionnelles et militantes qui collaborent pour suivre l’évolution de la législation et militent pour des dispositions législatives et des demandes de crédits.
Le lobbying direct, le dernier outil de militantisme que je vais décrire, est utilisé quand l’institution ou ses représentants travaillent directement pour influencer des membres de l’administration ou du Congrès par contact personnel. En 2010, Jim Pyles a organisé une rencontre entre David Blumenthal, coordonnateur national pour les technologies de l’information de santé et un certain nombre de représentants de l’APsaA. Notre but était de défendre le principe que le respect de l’intimité du patient devenait d’autant plus prioritaire que la technologie de l’information de santé progressait.
Dans une lettre de suivi à Blumenthal, après l’avoir remercié de nous avoir rencontrés, nous avons écrit, « Comme psychanalystes, nous ne sommes pas des experts en matière de complexité de la technologie de données informatisées, mais nous sommes des experts en matière des besoins de nos patients et de ce qui leur permettra de faire confiance à une information électronique du système de santé ou qui sera cause de rejet. » Cette lettre, écrite par Jim Pyles et signée par le président de l’Association, se poursuit pendant six pages détaillées. Ces lettres de lobby directes, comme les pétitions, citent abondamment des données et font des revues sur les aspects juridiques pertinents. Elles ressemblent davantage à des documents d’information et des recommandations politiques qu’à des lettres traditionnelles.
Je veux souligner que ces efforts ne concrétisent pas sans une attention et un travail soutenus. Le début de l’action est l’une des étapes les plus éprouvantes. Il se produit habituellement dans notre institution ce que j’appelle le phénomène « nous devrions faire quelque chose à ce propos ». Quelqu’un écrit un courrier électronique en disant que « Nous devrions faire quelque chose à ce propos », ou un message sur la liste des membres demande « Qu’est-ce que l’APsaA compte faire à ce propos ? ». Ces communications sont problématiques parce qu’elles portent le fantasme qu’il existerait un « quelqu’un » spécifique qui tiendrait compte de ces appels et agirait ou, au minimum, justifierait le refus d’action. Mais il n’y a personne ayant une telle responsabilité et il ne saurait y en avoir.
Je me suis centrée principalement sur le militantisme institutionnel, mais je veux passer quelques minutes pour attirer l’attention sur les possibilités d’action individuelles. Comme l’institution, tout membre individuel peut développer des points de discussion à propos d’événements ou de thèmes. Vous pouvez regarder les titres à la une d’un journal et identifier le journaliste qui couvre le mieux la question qui vous intéresse. Appelez-le ou adressez-lui un mél directement pour donner votre avis sur une question d’intérêt. Les blogs sont un excellent moyen de développer des compétences dans l’application des concepts psychanalytiques aux événements quotidiens. Un certain nombre de membres ont déjà des blogs sur les sites Internet de Psychology Today et du Huffington Post ; d’autres, comme Neal Spira, ont des blogs sur les sites de médias locaux. Les lettres à l’éditeur, les opinions libres, et les articles non sollicités peuvent tous être envoyés aux journaux locaux. Une stratégie très efficace pour être publié ou remarqué est de rattacher les lettres, les blogs ou les articles à l’actualité immédiate ou au cycle des événements annuels (la rentrée scolaire, les vacances). Sur mon blog de Psychology Today, un message que j’ai écrit pendant la mi-temps du Superbowl militaire 2010 a été lu par 8.700 personnes, dont quelques-unes étaient absolument enragées. J’ai commenté un bon nombre de messages publicitaires dont j’ai pensé qu’ils donnaient une image castratrice de la femme et nombre de lecteurs, peut-être écrémant mon courrier trop rapidement, ont semblé penser que je disais qu’ils étaient eux-mêmes châtrés (Gourguechon, 2010a).
En fin de compte, vous devez toujours vous identifier comme psychanalyste et souligner que votre pensée vient de votre expérience comme psychanalyste.
CONCLUSION
La catégorisation des divers types de psychanalyse appliquée est utile, car elle permet d’illustrer les forces et les limites de chaque démarche ainsi que les outils qui doivent être améliorés pour chacune d’elles. À mon avis, l’acte fondamental essentiel pour notre avenir comme discipline est de parler ou d’écrire sur des sujets pour « M. et Mme Toulemonde ». Accompagnant cette conviction, je crois aussi que notre société a désespérément besoin de la sagesse et de l’enrichissement que la psychanalyse peut apporter.
Il suffit de regarder la rhétorique politique d’aujourd’hui, la superficialité des motivations alléguées dans l’attribution des rôles aux actualités et l’abrutissement culturel de célébrités pour affirmer le besoin de quelque chose qui amène les gens à s’arrêter pour penser, regarder en eux-mêmes, regarder plus profondément, s’interroger sur les motivations et prendre en compte la complexité et les nuances plutôt que des explications stéréotypées ou tranchées pour les événements de leurs vies et du monde autour d’eux.
J’espère que j’ai piqué votre intérêt et même convaincu certains d’entre vous de l’importance de dépenser une partie de votre énergie professionnelle aux commentaires et militantisme psychanalytiques. Il existe de nombreuses de façons et d’endroits pour pratiquer le commentaire et le militantisme psychanalytiques. À la différence de Kubie, je ne pense pas que cela affaiblira nos instruments analytiques. En fait, c’est tout le contraire.
En conclusion, Je veux porter à votre connaissance que je suis ici aujourd’hui parce cela fait partie de la tradition de notre institution que le président sortant fasse un discours en séance plénière lors du premier meeting après sa présidence. Je veux saisir cette occasion pour vous remercier de m’avoir donné la chance d’être votre présidente  – c’était une expérience incomparable, un honneur immense, et je serai pour toujours reconnaissante.

Prudence Gourguechon

prudygourguechon@gmail.com
www.prudencegourguechon.com

Traduction Samuel Lepastier Delphine Schilton

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Prudence Gourguechon
1454 West Farragut Avenue
Chicago, IL 60640
E-mail: prudygourguechon@gmail.com

1 En 1971, Daniel Ellsberg a transmis au New York Times, puis au Washington Post, 7000 pages de documents ultra-confidentiels, les Pentagon Papers, sur les processus de décision pendant la guerre du Vietnam (note du traducteur).
2 Chef de l’équipe des « plombiers » qui s’est illustrée, par la suite, lors de l’affaire du Watergate (note du traducteur).
3 Ancien agent de la CIA (note du traducteur).
4 Conseiller juridique de Richard Nixon (note du traducteur).
5 Conseiller pour les Affaires intérieures de Richard Nixon (note du traducteur).
6 Chef de cabinet de Richard Nixon (note du traducteur).
7 Procureur général-adjoint, puis Procureur général des Etats-Unis sous la présidence de Richard Nixon (note du traducteur).
8 De 1993 à 2010, la doctrine Don’t ask, don’t tell était appliquée dans les forces armées américaines pour assouplir l’interdiction d’engagement des homosexuels. Les autorités militaires ne posaient aucune question sur l’orientation sexuelle des recrues, à charge pour ces derniers de n’en rien révéler (note du traducteur).
9 Comité pour la diversité raciale et ethnique (note du traducteur).
10 Committee on Advocacy Relations (note du traducteur).
11 Le site Internet du Groupe de liaison pour la santé mentale est www.mhlg.org.