Archives mensuelles : avril 2015

yeux3Petite recherche étymologique sur la complexité du terme d’ŒDIPE où l’on apprendra que tout analysant comme Œdipe est pieds et poings liés face à son énigme interne

Œdipe en grec est constitué de deux mots oido /a οιδεω ou οιδα et Pous  πους. Oideo, Οιδεω, dans la langue homérique a deux significations et veut dire simultanément : Je suis gonflé et je vois

Quand à Pous, πους, cela signifie le pied.

Œdipe est donc étymologiquement : celui qui a les pieds gonflés mais tout à fois celui qui voit, c’est à dire celui qui voit les pieds, par extension et en ayant en tête la pièce de Sophocle, Œdipe est celui qui peut résoudre l’énigme des pieds.

Le nom d’Œdipe,  Oedipous porte en  sa racine même  la réponse de l’énigme des ses origines que le héros de Sophocle n’arrivera à résoudre qu’a la fin de la pièce. Nom programmatif, signifiant porteur d’un destin. Dés le  vers 1036 le messager annonce à Œdipe comment il a été trouvé avec les pieds enflés du fait d’une cordelette qui les lui tenait liés et d’ajouter : « Et c’est  cette circonstance t’a nommé celui que tu es »

Qui donc a ainsi nommé Œdipe ? Certainement pas ses parents qui dés le lendemain de sa naissance ont décidé de l’éliminer. Probablement le berger ou le messager de Corinthe ou encore ses parents adoptifs à la vue des pieds enflés du nourrisson.

Œdipe est  donc le  personnage qui résoudra l’énigme que lui propose la Sphinge et qui est formulé en aussi terme de pieds.

Cette énigme est l’énigme du destin de l’homme qui est un nourrisson à quatre pattes puis adulte à deux pattes et finalement vieillard à trois pattes avec son bâton.

Œdipe résout l’énigme que lui pose la Sphinge en se servant de son esprit et non pas de sa force rompant ainsi au passage avec une tradition de héros mythologiques tenant leur force des dieux. Œdipe tire sa force de lui même et inaugure une lignée de héros humain c’est à dire de sujet tragique. Le héros humain est mortel et non immortel il est aussi en conflit avec lui même et non avec des créatures monstrueuses et divines. Dans la pièce de Sophocle, le tragique de la chose pourrait-on dire, est que celui qui porte en son nom même le secret de son origine, à savoir qu’il a été abandonné par ses parents qui lui ont lié les pieds aux point qu‘ils ont  enflé (Œdeme); celui –là même, est incapable de savoir qui il est lui même et de résoudre l’énigme de sa propre  filiation qui est juste sous son nez, qui gît à ses pieds. ll ne voit pas plus loin que ses pieds qu’il ne voit même pas d’ailleurs.

Il tuera donc un homme qui est son père  et couchera avec sa mère.

C’est ainsi que le problème de la connaissance de soi-même, « le connais- toi » toi même injonction Socratique se pose pour la première fois dans l’histoire de la pensée occidentale à travers la pièce de Sophocle grâce au jeu subtil d’une nomination.

L’étymologie de ce nom à un sens doublement significatif car oida, Οιδα, veut dire j’ai vu et je connais a la fois. Lui qui a bien « vu », regard clinique, regard psychanalytique, doit savoir quelque chose qui échappe au regard des communs mortels, c’est un regard à part. Celui qui a bien vu dans la tragédie d’Œdipe- Roi ne sera pas Œdipe puisque la pièce montre un héros  ignorant son destin. Celui qui voit tout c’est le  devin Tiresias, Sophocle nous le dit avant Freud,  il ne suffit pas de voir pour savoir 
Le personnage d’Oedipe sa mise en tension par Sophocle ne pouvait en ce sens qu’être le parfait paradigme de la quête psychanalytique qui postule dans le sujet un inconscient à savoir cette part de lui qui lui échappe.

La cure psychanalytique est cette quête qui reste périlleuse et fructueuse pour toute personne qui l’entreprend, de sa propre identité.

Oedipe le roi tout puissant résoudra certes l’énigme des pieds intellectuellement mais il ignore son propre passé, tout  comme l’analysant qui commence son analyse!

Ce qu’a « vu » Œdipe c’est l’assassinat de son père par lui-même, cela il ne le découvrira qu’à la fin de la pièce.

Voilà le tragique de l’affaire  découvrir finalement ce que l’on voit déjà en soi sans le connaître !

Tout cela est contenu dans le terme oida. Freud ne s’y est pas trompé, le savoir psychanalytique n’est pas un savoir philosophique ou scientifique mais un savoir tragique! Le savoir tragique c’est le savoir de celui qui croyait ignorer et qui  s’aperçoit qu’il savait déjà comme c’est le cas d’Œdipe qui réalise que celui qu’il cherche pour le condamner c’est lui-même. Lui l’assassin de son père !

Œdipe  découvrira l’étymologie de son nom par le berger qui l’a recueilli. Si il avait deviné l’origine de son nom, il aurait été épargné par ces épreuves.

Nikos Rigas – Delphine Schilton

museeCe qu’il faut savoir, des clés pour comprendre

1- Apparition chez Freud

L’Œdipe, comme on dit couramment aujourd’hui est nommé par Freud comme « complexe d’ Œdipe  » à partir de 1910 dans son article intitulé « D’un type particulier de choix d’objet chez l’homme » Freud (O.C. Volume 10, page 197). Le mot complexe est emprunté à Jung pour signifier la « complexité » du concept d’ Œdipe. La référence au mythe est beaucoup plus ancienne et date d’une lettre à son ami Wilhem Fliess du 15/10/1897. Par la suite il travaille et enrichit le concept sans jamais consacrer un texte sur le sujet du complexe d’ Œdipe.

Dans le Totem et tabou (1912-13) il souligne la fonction civilisatrice du complexe. Il en parlera de nouveau dans les « Conférences d’introduction à la psychanalyse » pour ajouter que la situation est aussi valable pour la fille à quelques détails près.

2 – Résumé de La Pièce de Sophocle

Alors que Œdipe est le roi de Thèbes, devant son palais, des citoyens sont venus lui demander de l’aide face à la peste qui décime le royaume et qui rend stérile aussi bien l’agriculture que les animaux et les femmes.

Puisqu’il souffre lui aussi de cette situation, Œdipe veux y remédier et annonce qu’il a déjà̀ envoyé́ Créon, le frère de sa femme Jocaste, pour consulter l’oracle à ce propos.

Au retour de Créon, ce dernier explique que selon l’oracle, la peste viendrait du meurtre non élucidé de l’ancien roi de Thèbes, Laïos. Alors Œdipe s’engage à faire toute la lumière sur cet évènement, et il décide de mener une enquête pour découvrir et punir les coupables. A cet effet, il convoque Tirésias, un devin, qui bien qu’aveugle, possède la faculté́ de clairvoyance sans doute utile à son enquête. Tout d’abord Tirésias refuse de dévoiler ce qu’il sait. Mais après y avoir été́ forcé, Tirésias révèle qu’Œdipe est lui-même le coupable qu’il recherche. Le devin précise que le coupable est en même temps frère et père de ses enfants, fils et époux de la femme qui l’a mis au monde.

Loin de pouvoir assimiler une telle accusation, Œdipe soupçonne plutôt que Tirésias et Créon complotent pour tenter de lui ravir le trône. Mais Jocaste apaise la querelle naissante et banalise les propos de Tirésias : personne ne saurait, sans risquer de se tromper, interpréter correctement les oracles. Elle en veut pour preuve qu’une prédiction annonçait que Laïos devait mourir de la main de son fils, et que, selon les dires d’un serviteur rescapé, Laïos fut assassiné par des brigands, au croisement des chemins de Delphes et de D’Aulis.

Mais Œdipe n’est pas satisfait pour autant. Il se souvient d’une époque lointaine, lorsqu’au cours d’une fête, un ivrogne avait raconté qu’il était un enfant trouvé. Pourtant, Œdipe a toujours cru que ses parents étaient Polybe et Mérope, roi et reine de Corinthe. Tourmenté par cette déclaration contradictoire, il était allé́ interroger l’oracle. Mais ce dernier, au lieu de lui répondre, prédit qu’il épouserait sa mère, engendrerai une descendance maudite et qu’il tuerait son père.

Pour éviter que ne s’accomplisse ce tragique destin, au lieu de retourner à Corinthe vers ceux qu’il prenait toujours pour ses parents, il prit une autre direction. A un carrefour, il rencontra un homme qui ressemblait à celui décrit par Jocaste. Ce denier lui disputa la priorité́ du passage, si bien qu’en se défendant, Œdipe le tua.

Pour faire toute la lumière sur cette affaire, Œdipe ordonne que l’on retrouve le serviteur rescapé, celui qui, à l’époque, prétendit que Laïos fut tué par des brigands. Mais voici qu’arrive un messager en provenance de Corinthe. Il annonce la mort du roi Polybe, victime de la maladie et de la vieillesse. Cette nouvelle soulage Œdipe puisqu’il pense avoir échappé à la prédiction qu’il tuera son père. Toutefois, le messager lui dit que ce n’était pas là un souci fondé, étant donnée qu’il l’avait lui-même trouvé dans la montagne, et que Polybe n’était pas son vrai père. Il explique qu’à cette époque, sur le Mont Cithéron, il avait rencontré un berger de la maison de Laïos qui lui avait confié un petit enfant aux pieds percés. L’ayant ramené à Corinthe, Polybe et Mérope décidèrent de adopter et lui donnèrent le mon d’Œdipe, eu égard à ses pieds enflées par leurs blessures.

A la suite de ces révélations, Jocaste est soucieuse et elle demande à Œdipe de ne pas poursuivre ses recherches. Mais Œdipe est déterminé à connaître la vérité. Il veux savoir s’il est de basse extraction, par exemple le fils d’un esclave du royaume de Thèbes puisqu’il s’agit bien là de sa patrie d’origine. D’ailleurs, comment expliquer autrement les recommandations de Jocaste d’arrêter là son enquête, si ce n’est que de supposer qu’elle puisse rougir d’orgueil face à une humble origine qui pourrait être la sienne. Il poursuivra son enquête, parce que de toute façon, s’estimant comme fils de la Fortune, (la généreuse), lui-même n’en conçoit aucune honte.

Or, voici que l’on amène le serviteur qui prétendait que Laïos fut assassiné par des brigands. Aussitôt, le messager de Corinthe reconnaît en lui l’homme rencontré sur le Mont Cithéron, celui-là même qui lui confia Œdipe alors qu’il n’était qu’un nouveau-né. Forcé à parler, le vieux serviteur avoue que ce nouveau-né n’était autre que le fils de Laïos et de Jocaste, condamné à périr, pendu par les pieds et abandonné à la merci des animaux sauvages, à cause de la prédiction qu’il tuerait ses parents. Mais comme il fut pris de pitié pour cet enfant, au lieu de l’abandonner, il le confia à cet inconnu venu de Corinthe.

Maintenant Œdipe réalise qu’il est lui-même le fils de Laïos et de Jocaste, et que malgré lui, il a bel et bien commis le parricide et l’inceste comme cela avait été prédit par l’oracle. En plus du choc que lui vaut cette révélation, voilà qu’on lui annonce que Jocaste s’est pendue. Arrivé sur les lieux du drame, fou de douleur, il se crève les yeux avec les broches qui retenaient les vêtements de celle qui fut à la fois sa mère et son épouse.

Au comble de la souffrance, Œdipe demande à être exilé et abandonné à son sort maudit, comme cela aurait dû se faire longtemps auparavant. Cependant, Créon souhaite d’abord interroger l’oracle pour savoir ce qu’il convient de faire.

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