Archives mensuelles : juillet 2014

Aspasia7Le sport à l’adolescence : entre conflictualité et créativité

Présentation de Florian Houssier, psychanalyste, professeur de psychologie clinique et psychopathologie, université Paris 13 Sorbonne Paris Cité.

Pour la première fois, la psychanalyse explore dans un colloque consacré au sport un des domaines de prédilection de l’investissement du corps adolescent. Depuis toujours, le sport est un mobilisateur du lien social, comme il en révèle ses apories. L’origine étymologique de ce terme anglais renvoie au « desport », à l’amusement. Des jeux du cirque aux jeux olympiques, des sphères politiques à celles des finances, le sport relève d’une articulation entre corps social,  mise en acte pulsionnelle du corps subjectal et expression originaire par la corporéité. Entre l’investissement quasi-fétichisé d’un corps devenu un repère de la valeur du sujet et le maintien d’une capacité à jouer avec son agressivité et à rester créatif pour devenir soi, le sport est devenu un domaine de prédilection des adolescents. Cette mise en mouvement du corps implique un mouvement de subjectivation souvent formalisé dès l’enfance par les liens identificatoires aux investissements culturels parentaux et sociaux.

La rencontre entre la pratique du sport et le processus d’adolescence s’inscrivent dans le devenir du sujet. Ainsi, une séparation aussi précoce que brutale avec l’environnement familial pour rejoindre un centre de formation, la pression constante autour de la performance attendue, les difficultés à trouver sa place dans un groupe, une fin de carrière avant qu’elle ait vraiment commencée, les blocages psychologiques entravant un talent pourtant singulier, un lien d’emprise entre un parent devenu entraîneur et son enfant devenu adolescent, voici autant de thématiques que ce colloque pluridisciplinaire explore.

Celles-ci s’articulent avec un des conflits centraux de l’adolescence de ces sportifs : comment se construire, comment devenir soi quand son désir est aussi emmêlé avec celui des autres, la famille, l’entourage, la presse, le pays d’appartenance ? Comment s’approprier son corps et sa vie psychique quand, de l’intérieur comme de l’extérieur, le désir vient de l’autre ?

Cette tension est investiguée par F. Houssier à partir de la biographie d’André Agassi, célèbre joueur de tennis des années 1990 ; il y est question de l’emprise parentale – ici un père et son imago – sur le destin psychique d’un sportif de haut niveau. Cette problématique se prolonge dans le propos de S. Maurissen qui interroge l’investissement du masochisme féminin dans le tennis de haut niveau, ou encore dans le propos de S. Proia qui montre, dans le duo père entraîneur/fille championne, comment l’exigence intériorisée par la fille peut agir comme un gel du processus adolescent. Ces communications désignent la relation d’objet comme lieu du conflit psychique, notamment en termes d’impasse du renouvellement de la barrière de l’inceste et de capacité d’individuation.

Le sport inclue quelques identifications récurrentes, notamment celles qu’A. Birraux qualifie d’héroïques. Celle-ci inscrit l’adolescent dans un rapport avec un corps devenu un objet monnayable et fétichisé. Le point de vue philosophique de B. Andrieu insiste sur les effets de la modernité, impliquant des conduites à risque devant la nécessité de construire son existence. Cette interrogation identitaire des adolescents met en jeu des fantasmes de toute-puissance qui relèguent le corps au rang d’appareil moderne à performances. Ainsi, le sport se trouve à occuper une place singulière dans le champ social, l’acte sportif se trouvant pris dans les rets d’une sévérité surmoïque culturelle qui peut faire office d’évitement du processus adolescent.

Pour autant, le sport intervient à l’adolescence comme une renégociation des représentations infantiles, comme le souligne V. Cornalba à travers le destin peu commun du footballeur L. Messi. La dimension de médiation thérapeutique fait apparaître le sport sous un jour plus favorable ; ainsi, dans la valeur opératoire de la boxe dès lors qu’elle s’inscrit, comme l’écrivent B. Leroy-Viémon et ses collaborateurs, dans un dispositif permettant à un adolescent violent une métabolisation originale de son agressivité, comme un jeu corporel créatif aux effets thérapeutiques potentiels. Cette proposition s’articule avec celle de A.-M. Paul qui, à partir d’un groupe thérapeutique (danse et écriture) en hôpital de jour, montre comment des traces non représentées émergent et se transforment à travers l’associativité groupale, corporelle et verbale.

Colloque : Le sport à l’adolescence. Conflictualité et créativité

Le 29 novembre 2014

Colloque organisé par le Master de Psychologie clinique et psychopathologie du sportif (Montpellier 3) et l’Université Paris 13, Sorbonne Paris Cité.

Contact : patrice.roch@univ-montp3.fr ; Tel : 04 67 14 21 52

Ce colloque s’adresse à tous et aux professionnels de santé mentale en particulier