Archives mensuelles : mai 2014

Aspasia7Aspasia rassemble un groupe de psychanalystes membres de l’ Association Psychanalytique Internationale.

Leur vocation à travers ce site est de prendre la parole sur des faits de culture et d’une certaine actualité.

Il s’adresse, aux personnes intéressées par la psychanalyse et qui ont le sentiment de ne pas avoir accès aux données originaires notamment dans les médias, aux personnes dont le métier est d’informer, à nos collègues pour susciter le débat et enfin à tous ceux pour lesquels rien de ce qui  rien est humain ne leur est étranger.

Faire partager un regard spécifique, une parole féconde qui met au travail les événements, les faits, les idées à une époque où penser et classer sont trop souvent confondus.

Plus qu’une psychopathologie, la psychanalyse est une anthropologie ce qui la distingue des autres modalités d’abord du psychisme.

Aspasia revendique le scandale de la psycho-sexualité infantile et de l’inconscient  tel que Freud a pu les découvrir et les indiquer comme nodaux dans le fonctionnement de tout un chacun.

Aspasia-GPourquoi la Grèce, pourquoi Aspasia de Milet 

Il fallait la Grèce où naquirent la cité et l’expression du débat démocratique et il fallait une femme et sa puissance d’évocation pour porter aujourd’hui de nouveau le message de la psychanalyse dans la cité. Une femme dont nous verrons qu’elle n’est pas étrangère à la pensée freudienne elle-même !

Aspasia de Milet est la femme la plus célèbre de l’époque classique parce qu’elle fut l’égérie, l’hétaire, la mère de son fils, le professeur de rhétorique du plus puissant athénien du v siècle avant notre ère : Périclès. Périclès qui l’aimait et la respectait.

Nul doute que en 450 av. JC date à laquelle elle débarquait au Pirée venant de Milet sur la côte d’Asie mineure, Aspasia n’imaginait pas la place qu’elle allait prendre dans la vie et l’imaginaire des Athéniens ; nombreux sont les textes qui attestent de son influence auprès de Socrate, de Platon, de Xénophon. Aspasia ne pouvait pas non plus prévoir que des siècles plus tard à la renaissance par exemple elle serait égérie pour les partisans de l’égalité des femmes, que des œuvres littéraires  referaient  à elle comme une figure galante et savante et que des  romans, des opéras lui seraient consacrés et qu’une association d’aide aux prostituées porterait son nom.

 Mais elle est surtout celle dont Nicole Loraux écrit «c’est bel et bien Socrate qui fut le disciple d’Aspasie, sous la houlette de laquelle il étudia la rhétorique et apprit tout ce qui concerne l’amour»(1) et c’est à Socrate que Freud réfère directement, par la médiation de Platon lorsqu’il veut définir ce qu’est la sexualité : «ce que la psychanalyse appelle sexualité n’est aucunement identique à l’impulsion qui rapproche les sexes et tend à produire la volupté dans les parties génitales mais plutôt à ce qu’exprime le terme général et compréhensif d’Eros dans le Banquet de Platon » (2). La  pensée qui enracine la sexualité freudienne dans l’Eros héritée serait un legs lointain d’Aspasia.

Aspasia-GAspasia a survécu au cours des siècles car elle est «devenue une figure symbolique reflétant le rapport que chaque génération a entretenu avec l’antiquité, avec le sexe et avec la femme» professe sa biographe Danielle Jouanna (3). Trois thèmes : l’histoire, le sexe et le féminin également au cœur la thérapie psychanalytique où le patient est invité à renouer avec sa préhistoire personnelle, à se situer dans la succession des générations et la différence des sexes et  à s’éprouver au roc du féminin. Entreprise périlleuse voire vouée à la déception car c’est sur le roc du féminin que viennent en partie se briser les efforts de la thérapie analytique si l’on en croit Freud qui constate : « Dans les analyses thérapeutiques tout comme dans les analyses de caractère (…) deux thèmes donnent singulièrement du mal à l’analyste» (4) et de citer le refus du féminin dans les deux sexes. Freud précise : «Le refus de la féminité ne peut évidemment rien être d’autre qu’un fait biologique, une part de cette grande énigme de la sexualité » (5). Ce refus du féminin Aspasia en fut la victime à plus d’un titre. Elle a été violemment attaquée par les athéniens, jusqu’au procès, parce qu’elle ne se contentait pas d’être l’intellectuelle mais surtout  «la seule vraie figure de l’inacceptable pour les Athéniens eux–mêmes» à savoir «l’amour ardent d’un homme pour une femme, où il faut voir la pire des fautes de goût, pour ne pas dire des fautes morales. »(5 bis). Que Périclès fut porté sur l’amour passe encore, mais il était porté sur l’amour des femmes «et l’opinion publique athénienne, qui l’admirait et souhaitait voir en lui un homme un vrai ne s’y retrouvait pas » car aux yeux de la morale populaire grecque : «c’est l’amour des Femmes qui caractérise «le véritable efféminé» et Nicole Loraux de conclure «ces mêmes Athéniens qui prenaient tant de plaisir aux rêveries sur le féminin que leur suggéraient tragiques et comiques n’étaient nullement prêts, dans leur vie de citoyens à donner du sens à l’amour d’une femme » (5ter).

Enfin c’est se tenir au plus près de Freud que de donner à ce site un nom hellénique puisqu’il n’a cessé lui même de puiser dans le logos (histoire, théâtre, philosophie) de la Grèce antique pour transmettre le message la psychanalyse. Le complexe d’Œdipe emprunté au personnage de Sophocle n’est qu’un des exemples les plus célèbres. Sait-on que c’est à Empédocle d’Akragas, né en 495 avant JC date de la naissance de Périclès, que Freud emprunte les deux principes régissant le cours des événements dans la vie de l’univers comme de l’âme à savoir filia -amour- et neikos – lutte, discorde -. Freud quittant le point de vue cosmogonique d’Empédocle parlera de la pulsion de vie et de la pulsion de destruction, Eros et thanatos qu’il inscrira au cœur du fonctionnement psychique humain.

Une attention renouvelée sera portée sur Aspasia aux origines des mots, des concepts, des images, des pratiques pour mieux dénoncer les clichés et les contre-vérités qui circulent à propos de la psychanalyse.

Delphine Schilton

aspasia-yRéférences

(1)Nicole Loraux,  Aspasie, l’étrangère, l’intellectuelle, La Grèce au féminin, Belles lettres, 2003, p. 136

(2) Freud, Résistances à la psychanalyse, Résultats idées problèmes II, PUF 1985,

.130.

(3)Danielle Jouanna, Aspasie de Milet, Fayard 2005.

(4) Freud, l‘analyse avec fin et lanalyse sans fin, Résultats idées problèmes II PUF 1985 p. 266.

(5) Freud, l‘analyse avec fin et lanalyse sans fin Résultats idées problèmes II PUF 1985 p. 268.

(5bis, ter) (1)Nicole Loraux, Aspasie, l’étrangère, l’intellectuelle, La Grèce au féminin, Belles lettres, 2003, p. 163

sans

Aspasia7GEORGES SEFERIS poète grec prix NOBEL de littérature en 1963 DÉFINIT POUR ASPASIA LES NOTIONS DE LA PSYCHANALYSE

 

 

LA CURE PSYCHANALYTIQUE

Tu cherches à tâtons

La lance destinée à percer ton cœur

Pour l’ouvrir à la lumière

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LE TRANSFERT

 Ton pays c’est moi

peut-être suis-je personne

mais je peux devenir ce que tu veux.

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L ‘ASSOCIATION LIBRE

Quand parleras-tu de nouveau ?

Nos paroles sont les enfants de plusieurs personnes.

On les sème et elles naissent comme des enfants

Elles s’enracinent et se nourrissent de sang.

Comme les pins

gardent la forme du vent

même lorsque le vent , n’est plus là

De même les paroles

conservent la forme de l’homme

même quand l’homme est parti, n’est plus là.

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L’AMBIVALENCE

Je te regarde avec toute la lumière et toute l’obscurité que j’ai en moi

a-savante

Aspasia2Nous en prendrons pour preuve la notion de perversion narcissique dont la paternité revient au psychanalyste Paul-Claude Racamier. Il est remarquable compte tenu de la carrière de ce concept et des occurrences de cette expression notamment dans les médias que celle-ci ne soit jamais (ou rarement) référée à son auteur.

PERVERSION NARCISSIQUE

Paul-Claude Racamier (1924-1996). Psychiatre, membre de la Société psychanalytique de Paris. Créateur du foyer psychothérapique « La Velotte » à Besançon. Ses travaux ont porté essentiellement sur les états psychotiques. En outre, il est le premier à avoir décrit les perversions narcissiques en 1992 dans son livre Le génie des origines.

Racamier, Paul-Claude et Guillaumin, Jean (1994) « Entretien de Jean Guillaumin avec Paul-Claude Racamier à propos de son dernier livre « Le génie des origines, psychanalyse et psychoses » », Revue française de psychanalyse, t. LVIII, n° 4, p. 1165-1176. :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5450872k.image.f207.langFR

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yeux3Freud s’est montré discret sur les applications de la psychanalyse à la criminologie. Lors  d’une conférence de 1906 il ira  jusqu’à mettre en garde son auditoire contre la criminologie et ses méthodes. Les réserves de Freud sont justifiées par le risque qu’une élaboration un peu rapide qui généralise le sentiment inconscient de culpabilité ou encore fait dériver l’acte du fantasme ne ferait qu’entretenir un rêve de toute puissance chez  la personne qui s’institue expert.

Depuis Freud nombreux sont les psychanalystes (médecin non médecin) qui se sont intéressés à la criminologie. Sàndor Ferenczi (avec sa description de l’identification à l’agresseur et de l’introjection de l’agresseur), Daniel Lagache (qui insiste sur les pièges d’une rationalisation des motivations inconscientes) mais plus près de nous C. Balier, psychiatre psychanalyste  qui a tenté des prises en charge en milieu pénitentiaire. Tous ont ouvert le dialogue et là où l’expert, fût-il psychanalyste, limite son travail aux réponses à proposer en regard des questionnements de l’appareil judiciaire, la vision du psychanalyste est autrement originale puisqu’elle interroge des points dont la résolution est sans influence sur le jugement à rendre.

  • Une enquête policière de la princesse de Grèce et de Danemark

repetitionDans le premier numéro de la Revue française de psychanalyse, Marie Bonaparte a publié les conclusions de sa longue enquête consacrée au cas de Mme Lefebvre qui avait tué dans un mouvement passionnel sa bru enceinte. Pour construire sa réflexion, la princesse a eu la possibilité de rencontrer cette femme criminelle au moment où elle purgeait sa peine de prison plusieurs années après les faits. Mais les quatre heures d’entretien ne sont pas, loin de là, sa seule source d’informations. Non seulement elle étaye son argumentation sur les documents judiciaires, en particulier les rapports d’expertise, mais de plus elle a recours aux divers comptes rendus donnés dans la presse de l’époque. Si Marie Bonaparte fait état des données recueillies au cours de ses entretiens, elle ne rapporte rien de ce qui pourrait apparaître comme une interprétation, quand bien même n’aurait-elle pas été directement formulée, déduite des chaînes associatives de la patiente. Bien au contraire, dans une pratique proche de celle d’un détective ou d’un expert, elle confronte les différents documents en sa possession. Au-delà même de la discussion diagnostique et des hypothèses pouvant expliquer le passage à l’acte, Marie Bonaparte met en avant l’absence de culpabilité de Mme Lefebvre face à son acte et surtout le fait que, depuis le meurtre, celle semble avoir été guérie des tourments hypocondriaques qui la hantaient depuis plusieurs années. Ainsi, là où l’expert, fût-il psychanalyste, limite son travail aux réponses à proposer en regard des questionnements de l’appareil judiciaire, la vision du psychanalyste est autrement originale puisqu’elle interroge des points dont la résolution est sans influence sur le jugement à rendre. De plus, Marie Bonaparte a souligné à juste titre la part prise dans cette affaire par l’opinion publique. Celle-ci était très hostile à Mme Lefebvre, ce qui a empêché la cour d’assises de reconnaître l’irresponsabilité de la prévenue.

L’étude peut être téléchargée sur le site de la Bibliothèque nationale de France :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5444093z.image.f155.langFR

Références de publication

Bonaparte Marie (1927), Le cas de Mme Lefebvre, Revue française de psychanalyse, t. I, n°1, p.149-198.

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yeuxEhtique et responsabilité sociale du psychanalyste au regard de l’intervention médiatique

Une spécificité de la psychanalyse du XXIe siècle est qu’elle place le psychanalyste dans une position singulière.

Si d’un côté des critiques parfois vives se font épisodiquement jour à l’égard de sa discipline, l’élément le plus nouveau, sans doute sous l’influence des modifications des moyens de communication modernes, est que, bon nombre de questions qui relèvent de la confidentialité de nos cabinets sont devenues aujourd’hui des enjeux de débat public. Assez paradoxalement du reste ces enjeux sont parfois utilisés pour nous discréditer.

En tant que psychanalystes, nous devons garder une neutralité sur des questions de société, ce qui n’empêche pas du reste d’exprimer nos opinions à titre personnel. La question se pose dès lors de savoir dans quelle mesure réagir face à des questions sociales qui appartiennent à notre champ clinique. 

Samuel Lepastier

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logos-petitDés l’école, traiter quelqu’un « d’intello » c’est à proprement parler l’insulter.  L’expression « cela me prend la tête »  autre exemple commun ne s’emploie jamais pour  faire état de ce que penser un problème en le conflictualisant pourrait être créateur de sens et de solutions nouvelles, elle  signe que cela est insupportable au sujet et qu’il préférait se  débarrasser de la problématique en question.

Nombre de patients s’inquiètent  rapidement de ce que le travail psychanalytique pourrait « leur prendre la tête » et cette idée leurs suffit parfois à le récuser. Pourtant se prendre la tête est fondamental, Descartes ne disait-il pas je me prends la tête donc je suis ?

IDEES RECUES
  • A l’aise dans ses baskets: Utiliser seulement ses pieds pour penser?
  • Burn out : s’emploie pour parler d’un stress de qualité supérieure. Autrefois on parlait de décompensation sur un mode maniaque voire délirant, ces  expressions sont passées de mode car elle ne correspondent à aucune entrée dans le VIDAL.
  • C’est un pervers narcissique : se dit de tout chef qui obtient ce qu‘il veut de vous sans forcement vous le demander directement
  • C ‘est freudien : expression utilisée dans les diners en ville quand on vient de commettre  lapsus du genre: «Bonsoir ma petite pute » au lieu du « bonsoir ma petite puce » initialement prévu. Manière commode d’évacuer les explications concernant la femme de son meilleure ami avec laquelle on  entretient des relations adultères et que l’on vient de rencontrer en sa présence lors d’une soirée
  • C’est un pervers narcissique : se dit de tout chef qui obtient ce qu‘il veut de vous sans forcement vous le demander directement
  • Complétement obsessionnel : utilisé par un adolescent pour qualifier ses parents qui lui demande de ranger sa chambre une fois l’an.
  • En plein délire : se dit d’un agent de l’administration plus précisément de la préfecture  qui vous demande de recopier pour la  dixième fois  à fois  des informations qu’il a déjà sur le formulaire que vous venez de lui remettre.
  • Quelle hystérique ! : Réaction que l’on attribue à sa femme ou son mari une une fois qu’elle ou il a découvert être trompé(e)
  • Psychoter à mort : s’inquiéter sur Facebook de savoir si votre « comment vas tu » ne va pas être interpréter par un « quand est-ce qu’on couche ? »
  • Stress: se dit pour tous les états psychiques de la fatigue à l’anxiété en passant par les contrariétés (rater le bus) et les soucis professionnels. Un état de stress  maximum devient un burn out.
  • Transfert : concerne les banques off shore
  •  La schizophrénie par Pierre Desproges : Si vous parlez à Dieu, vous êtes croyant… S’il vous répond, vous êtes schizophrène.

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