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Aspasia7Aspasia rassemble un groupe de psychanalystes membres de l’ Association Psychanalytique Internationale.

Leur vocation à travers ce site est de prendre la parole sur des faits de culture et d’une certaine actualité.

Il s’adresse, aux personnes intéressées par la psychanalyse et qui ont le sentiment de ne pas avoir accès aux données originaires notamment dans les médias, aux personnes dont le métier est d’informer, à nos collègues pour susciter le débat et enfin à tous ceux pour lesquels rien de ce qui  rien est humain ne leur est étranger.

Faire partager un regard spécifique, une parole féconde qui met au travail les événements, les faits, les idées à une époque où penser et classer sont trop souvent confondus.

Plus qu’une psychopathologie, la psychanalyse est une anthropologie ce qui la distingue des autres modalités d’abord du psychisme.

Aspasia revendique le scandale de la psycho-sexualité infantile et de l’inconscient  tel que Freud a pu les découvrir et les indiquer comme nodaux dans le fonctionnement de tout un chacun.

Aspasia-GPourquoi la Grèce, pourquoi Aspasia de Milet 

Il fallait la Grèce où naquirent la cité et l’expression du débat démocratique et il fallait une femme et sa puissance d’évocation pour porter aujourd’hui de nouveau le message de la psychanalyse dans la cité. Une femme dont nous verrons qu’elle n’est pas étrangère à la pensée freudienne elle-même !

Aspasia de Milet est la femme la plus célèbre de l’époque classique parce qu’elle fut l’égérie, l’hétaire, la mère de son fils, le professeur de rhétorique du plus puissant athénien du v siècle avant notre ère : Périclès. Périclès qui l’aimait et la respectait.

Nul doute que en 450 av. JC date à laquelle elle débarquait au Pirée venant de Milet sur la côte d’Asie mineure, Aspasia n’imaginait pas la place qu’elle allait prendre dans la vie et l’imaginaire des Athéniens ; nombreux sont les textes qui attestent de son influence auprès de Socrate, de Platon, de Xénophon. Aspasia ne pouvait pas non plus prévoir que des siècles plus tard à la renaissance par exemple elle serait égérie pour les partisans de l’égalité des femmes, que des œuvres littéraires  referaient  à elle comme une figure galante et savante et que des  romans, des opéras lui seraient consacrés et qu’une association d’aide aux prostituées porterait son nom.

 Mais elle est surtout celle dont Nicole Loraux écrit «c’est bel et bien Socrate qui fut le disciple d’Aspasie, sous la houlette de laquelle il étudia la rhétorique et apprit tout ce qui concerne l’amour»(1) et c’est à Socrate que Freud réfère directement, par la médiation de Platon lorsqu’il veut définir ce qu’est la sexualité : «ce que la psychanalyse appelle sexualité n’est aucunement identique à l’impulsion qui rapproche les sexes et tend à produire la volupté dans les parties génitales mais plutôt à ce qu’exprime le terme général et compréhensif d’Eros dans le Banquet de Platon » (2). La  pensée qui enracine la sexualité freudienne dans l’Eros héritée serait un legs lointain d’Aspasia.

Aspasia-GAspasia a survécu au cours des siècles car elle est «devenue une figure symbolique reflétant le rapport que chaque génération a entretenu avec l’antiquité, avec le sexe et avec la femme» professe sa biographe Danielle Jouanna (3). Trois thèmes : l’histoire, le sexe et le féminin également au cœur la thérapie psychanalytique où le patient est invité à renouer avec sa préhistoire personnelle, à se situer dans la succession des générations et la différence des sexes et  à s’éprouver au roc du féminin. Entreprise périlleuse voire vouée à la déception car c’est sur le roc du féminin que viennent en partie se briser les efforts de la thérapie analytique si l’on en croit Freud qui constate : « Dans les analyses thérapeutiques tout comme dans les analyses de caractère (…) deux thèmes donnent singulièrement du mal à l’analyste» (4) et de citer le refus du féminin dans les deux sexes. Freud précise : «Le refus de la féminité ne peut évidemment rien être d’autre qu’un fait biologique, une part de cette grande énigme de la sexualité » (5). Ce refus du féminin Aspasia en fut la victime à plus d’un titre. Elle a été violemment attaquée par les athéniens, jusqu’au procès, parce qu’elle ne se contentait pas d’être l’intellectuelle mais surtout  «la seule vraie figure de l’inacceptable pour les Athéniens eux–mêmes» à savoir «l’amour ardent d’un homme pour une femme, où il faut voir la pire des fautes de goût, pour ne pas dire des fautes morales. »(5 bis). Que Périclès fut porté sur l’amour passe encore, mais il était porté sur l’amour des femmes «et l’opinion publique athénienne, qui l’admirait et souhaitait voir en lui un homme un vrai ne s’y retrouvait pas » car aux yeux de la morale populaire grecque : «c’est l’amour des Femmes qui caractérise «le véritable efféminé» et Nicole Loraux de conclure «ces mêmes Athéniens qui prenaient tant de plaisir aux rêveries sur le féminin que leur suggéraient tragiques et comiques n’étaient nullement prêts, dans leur vie de citoyens à donner du sens à l’amour d’une femme » (5ter).

Enfin c’est se tenir au plus près de Freud que de donner à ce site un nom hellénique puisqu’il n’a cessé lui même de puiser dans le logos (histoire, théâtre, philosophie) de la Grèce antique pour transmettre le message la psychanalyse. Le complexe d’Œdipe emprunté au personnage de Sophocle n’est qu’un des exemples les plus célèbres. Sait-on que c’est à Empédocle d’Akragas, né en 495 avant JC date de la naissance de Périclès, que Freud emprunte les deux principes régissant le cours des événements dans la vie de l’univers comme de l’âme à savoir filia -amour- et neikos – lutte, discorde -. Freud quittant le point de vue cosmogonique d’Empédocle parlera de la pulsion de vie et de la pulsion de destruction, Eros et thanatos qu’il inscrira au cœur du fonctionnement psychique humain.

Une attention renouvelée sera portée sur Aspasia aux origines des mots, des concepts, des images, des pratiques pour mieux dénoncer les clichés et les contre-vérités qui circulent à propos de la psychanalyse.

Delphine Schilton

aspasia-yRéférences

(1)Nicole Loraux,  Aspasie, l’étrangère, l’intellectuelle, La Grèce au féminin, Belles lettres, 2003, p. 136

(2) Freud, Résistances à la psychanalyse, Résultats idées problèmes II, PUF 1985,

.130.

(3)Danielle Jouanna, Aspasie de Milet, Fayard 2005.

(4) Freud, l‘analyse avec fin et lanalyse sans fin, Résultats idées problèmes II PUF 1985 p. 266.

(5) Freud, l‘analyse avec fin et lanalyse sans fin Résultats idées problèmes II PUF 1985 p. 268.

(5bis, ter) (1)Nicole Loraux, Aspasie, l’étrangère, l’intellectuelle, La Grèce au féminin, Belles lettres, 2003, p. 163

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