Archives pour la catégorie Psychanalyse et criminologie

Cette rubrique choisira d’interroger les rapports de la psychanalyse et la criminologie au travers de documents d’archives, de fait divers anciens ou plus contemporains et de commentaires non pas sur l’actualité brute mais sur les débats que ces événements suscitent dans notre société.

yeux3Freud s’est montré discret sur les applications de la psychanalyse à la criminologie. Lors  d’une conférence de 1906 il ira  jusqu’à mettre en garde son auditoire contre la criminologie et ses méthodes. Les réserves de Freud sont justifiées par le risque qu’une élaboration un peu rapide qui généralise le sentiment inconscient de culpabilité ou encore fait dériver l’acte du fantasme ne ferait qu’entretenir un rêve de toute puissance chez  la personne qui s’institue expert.

Depuis Freud nombreux sont les psychanalystes (médecin non médecin) qui se sont intéressés à la criminologie. Sàndor Ferenczi (avec sa description de l’identification à l’agresseur et de l’introjection de l’agresseur), Daniel Lagache (qui insiste sur les pièges d’une rationalisation des motivations inconscientes) mais plus près de nous C. Balier, psychiatre psychanalyste  qui a tenté des prises en charge en milieu pénitentiaire. Tous ont ouvert le dialogue et là où l’expert, fût-il psychanalyste, limite son travail aux réponses à proposer en regard des questionnements de l’appareil judiciaire, la vision du psychanalyste est autrement originale puisqu’elle interroge des points dont la résolution est sans influence sur le jugement à rendre.

  • Une enquête policière de la princesse de Grèce et de Danemark

repetitionDans le premier numéro de la Revue française de psychanalyse, Marie Bonaparte a publié les conclusions de sa longue enquête consacrée au cas de Mme Lefebvre qui avait tué dans un mouvement passionnel sa bru enceinte. Pour construire sa réflexion, la princesse a eu la possibilité de rencontrer cette femme criminelle au moment où elle purgeait sa peine de prison plusieurs années après les faits. Mais les quatre heures d’entretien ne sont pas, loin de là, sa seule source d’informations. Non seulement elle étaye son argumentation sur les documents judiciaires, en particulier les rapports d’expertise, mais de plus elle a recours aux divers comptes rendus donnés dans la presse de l’époque. Si Marie Bonaparte fait état des données recueillies au cours de ses entretiens, elle ne rapporte rien de ce qui pourrait apparaître comme une interprétation, quand bien même n’aurait-elle pas été directement formulée, déduite des chaînes associatives de la patiente. Bien au contraire, dans une pratique proche de celle d’un détective ou d’un expert, elle confronte les différents documents en sa possession. Au-delà même de la discussion diagnostique et des hypothèses pouvant expliquer le passage à l’acte, Marie Bonaparte met en avant l’absence de culpabilité de Mme Lefebvre face à son acte et surtout le fait que, depuis le meurtre, celle semble avoir été guérie des tourments hypocondriaques qui la hantaient depuis plusieurs années. Ainsi, là où l’expert, fût-il psychanalyste, limite son travail aux réponses à proposer en regard des questionnements de l’appareil judiciaire, la vision du psychanalyste est autrement originale puisqu’elle interroge des points dont la résolution est sans influence sur le jugement à rendre. De plus, Marie Bonaparte a souligné à juste titre la part prise dans cette affaire par l’opinion publique. Celle-ci était très hostile à Mme Lefebvre, ce qui a empêché la cour d’assises de reconnaître l’irresponsabilité de la prévenue.

L’étude peut être téléchargée sur le site de la Bibliothèque nationale de France :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5444093z.image.f155.langFR

Références de publication

Bonaparte Marie (1927), Le cas de Mme Lefebvre, Revue française de psychanalyse, t. I, n°1, p.149-198.

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