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Aspasia présente La Maison Dans le Jardin dans les Hauts-de Seine qui a à cœur de démocratiser la psychanalyse dans une structure dédiée à l’accueil de la petite enfance.

 

 

Philippe Dulieu, vous êtes membre de l’équipe d’accueil de la Maison Dans le jardin, pouvez-vous nous présenter le projet et l’équipe ? (Quelles en sont les motivations  ou le constat à l’origine du projet ? Combien de temps a-t-il fallu pour le monter ?)

La Maison Dans le Jardin est un lieu d’accueil enfants-parents, créé à Bois-Colombes il y a 28 ans, dans l’esprit de la « Maison Verte » de Françoise Dolto. Celui-ci accueille des parents désireux de tisser des liens avec d’autres parents, de socialiser leurs enfants et de trouver un soutien et une écoute auprès des accueillants, salariés de l’association, tous formés à la psychanalyse.

L’équipe fondatrice a travaillé pendant deux ans à l’élaboration du projet. Celui-ci constituait une amélioration du service rendu à la population et aux institutions avec la création d’un lieu d’accueil enfants-parents, d’orientation psychanalytique, centré sur la parentalité dans le nord des Hauts-de-Seine.

Il nous apparaît important d’en repréciser quelques-unes des spécificités, dans la mesure où, sous la même appellation, coexistent désormais des structures qui en ont repris quelques éléments, mais ont souvent abandonné ce qui a fait et continue de faire toute l’originalité de ce concept.

On y trouve bien sûr la plupart du temps les mêmes dénominations : accueil, accueillants, écoute, échange, espace de jeu …, les mêmes règles : rester avec l’enfant, ne pas franchir une ligne symbolique, inscrire le prénom de l’enfant sur un tableau …

Par contre, l’essentiel, le fondamental du concept de Dolto a trop souvent disparu.

Des notions telles que l’anonymat, la confidentialité, l’ouverture à tout adulte accompagnant un enfant, la référence à la psychanalyse …, ont été oubliées ou malmenées. Pas nécessairement de façon délibérée, réfléchie, mais beaucoup plus par pragmatisme, souci d’efficacité concrète, et aussi manque d’élaboration, de réflexion approfondie sur les objectifs et ce que l’on entend réellement par accueil.

Beaucoup se sont créés avec les moyens du bord, avec un sentiment d’urgence, en oubliant que l’anonymat et la confidentialité ne peuvent être respectés quand par exemple, les accueillants sont par ailleurs des professionnels (psychologues, éducateurs de jeunes enfants, assistants sociaux …) connus et connaissant déjà les familles à partir de leur fonction particulière dans la PMI par exemple.

L’appellation « Lieu d’accueil enfants-parents » est elle-même malmenée, parfois transformée en mettant le mot parents avant celui d’enfants. Cette idée de mettre l’enfant en premier était pourtant essentielle, parce qu’allant à l’encontre de la conception habituelle du tout petit qui, bien sûr, ne pourrait pas comprendre, puisqu’il ne parle pas encore.

A la Maison Dans le Jardin, l’accueillant  s’adresse d’abord à lui, quelque-soit son âge, et pas à la personne qui l’accompagne, même si bien sûr, c’est elle qui donnera le plus souvent  les réponses. Cela surprend très souvent les adultes mais c’est fondamental, car c’est ce qui constitue cet enfant en tant que sujet à part entière et non plus en objet de l’échange. L’accueillant parle avec lui, et non pas seulement de lui.

Le fait d’avoir, dans cette dénomination, précisé : « parents », a aussi amené à oublier que ces lieux devaient pouvoir être ouverts à toute personne accompagnant un enfant, qu’elle ait ou non un lien de parenté avec lui.

La notion de parentalité qui s’est développée ces dernières années a entrainé beaucoup de lieux à se restreindre aux seuls parents, en excluant les assistantes maternelles, les auxiliaires parentales, d’ailleurs souvent poussés dans cette voie par les organismes qui subventionnent  déjà des lieux qui leur sont destinés, tels que les RAM. Ces structures, réservées à l’origine aux assistantes maternelles, ont vu récemment leur domaine d’intervention s’étendre  aux auxiliaires parentales, mais les moyens ne suivent pas nécessairement et l’information ne parvient pas toujours non plus à ces professionnelles le plus souvent sans formation et aux conditions de travail mal réglementées.

Or, un petit enfant dépend presque complètement, pour son développement psychique, de son environnement –environnement humain pris au sens large et qui inclut ainsi les grands-parents, les assistantes maternelles et les gardes d’enfants. Pour les enfants qui passent beaucoup de temps avec des « nounous », « tatas », les relations qu’ils créent avec elles sont d’une grande importance et concernent donc des accueils tels que le nôtre, axés, entre autres, sur la prévention de troubles ultérieurs dont une partie pourrait être due à des écueils des relations précoces avec les différentes personnes qui s’occupent d’un enfant.

Lorsqu’un enfant est confié une partie du temps à une personne extérieure à la famille proche, c’est dans ce cadre, entre autres, qu’il se développe et il serait contradictoire avec notre mission que d’écarter ces situations. C’est la réalité de ces enfants et il nous faut la prendre en compte.

D’ailleurs, le fait que certaines choisissent de venir avec les enfants dont elles ont la charge à la Maison Dans le Jardin montre bien qu’elles en ont compris l’intérêt : en premier lieu, l’anonymat et la confidentialité qui leurs permettent de nous confier leurs difficultés, sans crainte de se voir éventuellement privées de leur travail.

Comme pour les parents, l’absence de jugement, qui privilégie l’écoute et la volonté d’aide, permet de créer un espace différent, complémentaire, favorisant l’émergence d’une parole libre, authentique, capable de remises en question d’autant plus importantes qu’elles ne sont pas imposées de l’extérieur.

Exprimer ses doutes devient possible parce que non-menaçant, que les raisons de cette crainte soient imaginaires ou bien réelles.

A l’opposé des attitudes défensives habituelles, la demande d’aide peut se formuler, à partir de la confiance qui s’installe progressivement. Les accueillants, par leur écoute bienveillante et l’éclairage qu’elle produit, parviennent le plus souvent à infléchir ces attitudes, comportements, qui pourraient être préjudiciables aux enfants. La prévention en est d’autant plus efficace.

Une autre spécificité de la Maison Dans le Jardin, qui tient elle aussi à sa référence à la psychanalyse, consiste à offrir à l’enfant un espace de jeu libre, non directif, à partir de ce qui est mis à sa disposition dans la pièce.

Il ne s’agit pas de proposer des activités, jeux à visée éducative qu’il peut trouver par ailleurs, encore moins occupationnelles, comme malheureusement il en existe encore dans certains lieux uniquement dédiés à la garderie, mais plutôt, de laisser l’enfant s’exprimer librement dans des jeux spontanés, auxquels nous pouvons bien sûr participer.

Les accueillants peuvent, de par leur formation analytique, mettre en lien ce que l’enfant cherche à exprimer, consciemment ou non, avec ce qui se passe ou se dit du côté de l’adulte qui l’accompagne.

Il est par exemple fréquent de découvrir qu’il a parfaitement connaissance de la grossesse de sa mère, pourtant  persuadée d’avoir gardé le secret jusque-là : certains jeux avec des animaux, ou des poupées cachées sous les vêtements en étant le signe manifeste.

D’autres peuvent attirer notre attention en jetant ou brutalisant une poupée. Il ne s’agit pas de plaquer une interprétation toute faite, mais de trouver un sens avec les éventuelles difficultés rencontrées par cette famille.

Ces jeux peuvent renvoyer à des vécus très différents et les accueillants doivent rester très prudents avant de proposer une interprétation. Elle pourrait en effet, si elle s’avère fausse qui plus est, beaucoup choquer et déstabiliser le parent.

Ce que nous enseigne la psychanalyse des enfants, c’est que le jeu est leur moyen privilégié d’expression de leur vécu, des tensions familiales ou de leurs conflits internes. Il est pour nous tout aussi important que ce que l’adulte peut nous dire, venant parfois le confirmer, ou, au contraire, l’infirmer.

Les chutes sont très souvent liées à l’expression d’un ressenti de lâchage psychique. L’enfant cherche alors à capter l’attention de son adulte référent, souvent accaparé par une discussion avec d’autres adultes. Il peut symboliser par la chute d’une poupée, mais aussi se mettre en danger lui-même du haut de la petite structure à grimper par exemple.

Nous intervenons alors en verbalisant ce que nous avons compris du ressenti de l’enfant, de manière à être entendu également de l’adulte, pour éviter une escalade dans la mise en danger. Le simple fait de retrouver le regard, donc l’attention de l’adulte, permet à l’enfant de retrouver des jeux moins risqués.

Le rôle de l’accueillant à la Maison Dans le Jardin est donc particulièrement délicat et nécessite une expérience, une formation qui font malheureusement défaut à nombre d’accueillants de lieux d’accueil enfants-parents. Certains s’apparentent davantage à des animateurs de ludothèques ou de halte-garderie ; d’autres ont bien la même visée préventive, mais n’en ont pas réellement les moyens.

Il nous semble en tout cas essentiel de continuer à maintenir cette spécificité et d’encourager tous ceux qui souhaitent créer ce genre de lieu, à prendre le temps de la réflexion pour l’élaborer, en tenant bien compte de ces différences trop souvent considérées comme minimes, quand elles ne sont pas carrément déniées, alors qu’elles sont à nos yeux fondamentales.

  • Quelles sont vos filiations ? Bien entendu Dolto mais on pense aussi à  Klein Winnicott et plus près de nous le professeur Michel Soulé Serge Lebovici etc.

La Maison dans le jardin s’inscrit dans une filiation à la Maison Verte dont elle a repris les concepts fondamentaux et en particulier la référence à la psychanalyse.

Elle se revendique donc de Françoise Dolto et de ceux qui l’ont accompagnée en 1979 dans cette expérience novatrice dont l’intérêt n’a jamais été démenti depuis.

Elle s’est bien entendu enrichie au fil des années avec les apports de différents courants, notamment avec les anglo-saxons qui, à la suite de Mélanie Klein et de Winnicott se sont intéressés aux jeunes enfants et particulièrement à l’observation psychanalytique des bébés.

Notre équipe s’est transformée au cours des années mais le renouvellement des accueillants, effectué par cooptation ou recrutement, s’est toujours effectué en fonction des qualités personnelles indispensables pour ce type de travail particulièrement difficile, plutôt que sur une appartenance à telle ou telle école.

Notre pratique de l’accueil se réfère donc bien sûr à la psychanalyse, mais aussi et surtout à des valeurs humaines et repose pour une large part sur une capacité d’écoute et d’empathie pour les accueillis.

  • Vous parlez de démocratiser la psychanalyse ce qui a vivement retenu mon attention, Qu’entendez-vous par là ? (Plus exactement comment allez-vous procéder?)

Démocratiser la psychanalyse, c’est la rendre accessible à des personnes qui, de par leur milieu social, culturel, voire religieux, pourraient ne pas y avoir accès.

La Maison dans le jardin se situe à Bois-Colombes mais est ouverte à tous. Nous disposons d’un parking qui permet à des familles de venir en voiture des communes voisines et parfois même de beaucoup plus loin.

Il existe une grande mixité sociale et notre lieu est souvent apprécié par des mamans coupées de leurs racines, ce qui peut être le cas lorsqu’elles viennent d’un pays éloigné, mais aussi d’une autre région de France. Beaucoup n’ont jamais entendu parler de la psychanalyse ni de Dolto dont certaines connaissent parfois le nom par le biais des livres pour enfants écrits par sa fille Catherine.

Rendre accessible la psychanalyse, c’est leur proposer une écoute différente, qui ne répond pas à la demande par des conseils mais tente plutôt de saisir ce qui, dans les symptômes éventuels de l’enfant, dans les jeux qu’il met en scène, vient faire écho à l’histoire et au vécu des parents ou des adultes qui s’occupent de lui. Donner du sens et bien sûr s’abstenir de tout jugement.

Il ne s’agit bien entendu pas d’une psychanalyse au sens strict, le cadre proposé en étant singulièrement différent : les accueillants écoutent en se servant de leur expérience analytique propre, mais en présence d’autres personnes qui peuvent aller, venir, parfois intervenir pour témoigner de leur vécu personnel. Il n’y a pas non plus d’engagement à revenir et certaines familles se contentent d’un seul accueil qui vient éventuellement dénouer une solution de crise.

Nous leur signalons toujours notre règle d’anonymat et de confidentialité qui impose à chacun de garder pour lui-même ce qu’il peut avoir entendu ou vu sur le lieu lors d’un accueil.

Le paiement enfin, s’inspire lui aussi de la psychanalyse puisqu’il est présenté comme obligatoire, mais laissé à l’appréciation de chacun, ce qui permet justement une démocratisation, un accès à tous : c’est une possibilité de bénéficier d’un tel accueil même pour ceux qui ne peuvent payer que de manière symbolique.

Philippe Dulieu

– Comment êtes-vous financé ?

La Maison Dans le Jardin est subventionnée par les municipalités de Bois-Colombes, Colombes, Asnières-sur-Seine, de la CAF et du Conseil Départemental des Hauts-de-Seine mais le montant des subventions accordées par certains de nos financeurs est en baisse depuis quelques années, ce qui nous contraints à chercher des financements privés. C’est la raison pour laquelle nous avons déposé un dossier pour le concours de la Fabrique Aviva. Notre projet a été sélectionné (ainsi que 1581 autres) et est soumis aux votes du public. Seuls les 140 projets ayant obtenu le plus de votes des internautes, seront assurés d’obtenir une aide financière de la Fondation, nécessaire à la poursuite de notre activité …

Entretien réalisé par Delphine Schilton

 

MetLE PSYCHANALYSTE CITOYEN : EXPERIENCE AMERICAINNE[1]

par Prudence Gourguechon,
M.D.
, psychanalyste psychiatre Présidente  de L’American Psychoanalytic Association (APsaA) de2008 à 2010.

 

Je veux m’entretenir avec vous de ce qu’il est convenu d’appeler la psychanalyse appliquée.

J’espère vous convaincre que l’engagement dans le champs social est une expérience importante pour les psychanalystes. J’y vois deux raisons. La première, c’est que le discours psychanalytique et le militantisme psychanalytiques font passer auprès du grand public l’idée cruciale d’un contenu latent dans tous les phénomènes humains. C’est-à-dire qu’il y a une intériorité des activités humaines. Celle-ci, comme vous le savez tous, est un concept menacé d’extinction dans la culture contemporaine. Et deuxièmement, c’est seulement en montrant notre visage dans la sphère publique, chez M. et Mme Toutlemonde, que nous pouvons nous faire connaître et, par conséquent survivre comme profession alimentée par le flux nécessaire de nouvelles idées, de nouveaux patients et de nouveaux apprentis dans notre discipline.

J’utilise le terme de militantisme psychanalytique [psychoanalytic advocacy] pour me référer à un psychanalyste ou une institution psychanalytique prenant publiquement une position de principe dans un débat public pour essayer de pousser la résolution de cette question dans une direction particulière. Avec l’expression commentaire social psychanalytique [psychoanalytic social commentary], je me réfère au commentaire fait publiquement par un psychanalyste sur une question déjà sous les yeux du public.

Je suis convaincue que de nombreux êtres humains, et pas seulement les psychanalystes, sont attachés et déterminés à donner un sens aux phénomènes qui les entourent, surtout ceux qui les déconcertent.

J’ai aussi remarqué que les tentatives pour trouver des explications sur ce qui sous-tend un événement troublant parviennent à l’esprit du public très rapidement après les faits. Si nous n’expliquons pas psychanalytiquement les choses dans la sphère publique, quelqu’un d’autre tentera d’expliquer les motivations des actions humaines et le fera souvent de façon complètement erronée.

Plusieurs exemples. En février 2010, Amy Bishop, professeure de neurobiologie, a fusillé mortellement trois de ses collègues et en a blessé trois autres à l’université d’Alabama à Huntsville. Les médias ont recherché rapidement des explications. Une citation du New York Times est typique de ces analyses d’actualités : « La fusillade a levé un voile sur le monde des marmites en ébullition des start-up biotechnologiques, où les scientifiques, pour émerger, dépendent souvent de leurs associations avec le monde académique […]. Des personnes qui connaissaient [Bishop] ont dit qu’elle avait appris peu avant la fusillade que sa titularisation à l’université lui avait été refusée (Dewan et Robbins 2010) »[2]. Je voudrais objecter qu’en fait les coups de feu ne nous éclairent en rien sur « le monde des marmites en ébullition des start-up biotechnologiques » et que soutenir ainsi une fausse connexion est très dangereux.

Les médias ont fait de fausses connexions analogues à la suite du massacre de Fort Hood. Après cette tragique fusillade meurtrière par un psychiatre militaire, le major Nidal Hasan, Charles Krauthammer, chroniqueur politiquement conservateur et lui-même psychiatre, s’est exprimé dans une table ronde sur Fox News, en tonitruant sur la tendance des médias à orienter l’explication dans une fausse direction : « Je pense que le vrai scandale moral – a-t-il dit – est la tentative faite tout au long du week-end de médicaliser le meurtre de masse. Tout à coup, nous apprenons qu’il a craqué après avoir entendu de terribles histoires de souffrances de soldats. Alors, qu’en est-il de ces médecins, infirmières, psychothérapeutes et kinésithérapeutes à Walter Reed qui tous les jours entendent et vivent avec la souffrance de soldats ? Combien d’entre eux ont décroché un fusil et criblé de balles une chambrée de soldats ? » (Fox News, 2009). Krauthammer a soutenu que l’établissement de fausses connexions causales non seulement induit en erreur mais est porteur de dangers.

Une autre explication des médias sur les actes du major Hasan était qu’il était sur le point d’être affecté en Irak où il ne voulait pas aller pour des raisons aussi bien personnelles que politiques et religieuses. Une fois de plus, bien que ceci puisse être vrai, établir un lien de causalité entre ses sentiments et la fusillade meurtrière est un contresens destructeur. Manifestement, parmi les personnels militaires, nombreux sont ceux qui sont effrayés au moment de leur affectation mais ils ne commettent pas pour autant une fusillade meurtrière. Des causes plus probables pour ces terribles événements – une maladie mentale sévère, ou dans le cas de Hassan, de possibles motifs politiques (terrorisme) – n’avaient pas été mentionnés dans les « analyses » d’actualités.

Nous les psychanalystes, nous pratiquons une discipline herméneutique – une science de l’interprétation et de l’explicitation. Le fait que beaucoup d’autres semblent également pratiquer une approche herméneutique de la vie est aussi fascinant qu’un peu déconcertant étant donné la tendance culturelle inclinant vers la superficialité. Je crois que des psychanalystes devraient apporter leur expertise et leur formation exceptionnelles dans la compréhension l’esprit humain, et par extension des processus psychiques internes et du retentissement des faits externes, des motifs inconscients et des actions qui en résultent, à l’effort public de compréhension des expériences humaines.

UN CHAMP CONFLICTUEL

Cette forme d’engagement publique a, à certains égards, toujours participé de la psychanalyse, tout en étant, simultanément, objet de conflits et de controverses au sein de la profession. Chaque fois que l’APsaA adopte et promulgue son avis sur une position, un membre au moins fait des objections. Sincèrement affecté, il ou elle affirme que les psychanalystes sont experts seulement sur ceux qu’ils observent dans le bureau de consultation et que l’APsaA n’a pas pour mission de publier des déclarations politiques. Je ne suis pas d’accord. Nous sommes experts à « ce qui se trouve dessous, » et pas simplement avec des patients dans nos bureaux. Pourrait-on dire en fait que nous avons un devoir éthique de nous exprimer et de communiquer notre sur certaines questions, particulièrement celles directement liées à notre travail ? Qui d’autre pourrait parler de façon complexe de ce qui se trouve sous la surface des affaires humaines ? Finalement, si nous ne portons pas notre voix dans la sphère publique, nous disparaîtrons sûrement.

Le conflit dans notre champ concernant les analystes qui s’engagent dans ce type du travail nous ramène plusieurs décennies en arrière. Lawrence Kubie (1896-1973), pour ceux qui ne sont pas au courant de sa carrière, était un psychanalyste particulièrement influant du milieu du siècle dernier. Il a enseigné à des générations de psychiatres et de psychanalystes à l’université de Yale, a occupé les fonctions de président de la Société psychanalytique de New York et de secrétaire de l’APsaA, et conclu sa carrière au Centre de traitements Sheppard Pratt et à Johns Hopkins dans le Maryland. En 1950 dans un billet d’opinion a intitulé « Le Dilemme de l’analyste dans un monde troublé », publié dans le Bulletin of the American Psychoanalytic Association, Kubie a observé que « un analyste travaillant humblement dans les comités et les sous-comités des différentes vignes du Seigneur ne se rencontre pas souvent » (Kubie, 1950, p. 1). Cette phrase doit être lue attentivement, parce qu’elle est particulièrement subtile et triplement ironique.

Kubie pensait que cette absence d’analystes engagés dans la sphère publique n’avait que du bon, pour plusieurs raisons : (1) le bon analyste ne devrait pas avoir assez de temps pour s’engager dans les questions sociales ; (2) l’anonymat des analystes devrait être préservé ; (3) l’analyste, en raison de ses longues années de formation spécialisée, est probablement trop ignorant des sciences sociales et des questions sociales pour être utile ; (4) les préoccupations extra-analytiques ont des impacts négatifs sur la qualité de l’analyste : « Les pulsions et l’imagination de l’analyste tendent à se défléchir du monde intérieur microscopique des patients vers des controverses publiques dramatiques et mouvements plus sensiblement excitants. »

Kubie reconnaît qu’un point de vue analytique peut parfois avoir une valeur pratique quand il est appliqué aux questions sociales, mais « à mesure que [les analystes] répondent à ces appels, » leur valeur en tant qu’analystes sera graduellement altérée. Cette déclaration est intelligente, mais armez-vous de courage pour ceci : « L’analyste-réformateur […] tend à perdre le contact avec les réalités dures, complexes et humbles de la clinique. Il tend à se laisser aller à des fantaisies d’omnipotence psychanalytique ; et dans son effort de rendre la théorie analytique utile et plus immédiatement acceptable pour le naïf monde « pratique », il simplifie et dilue souvent l’analyse jusqu’à ce qu’elle devienne une répétition banale d’anciennes semi-vérités dans les vêtements modernes d’une nouvelle terminologie » (Kubie, 1950, pp. 2-3).

Kubie est contredit par un groupe d’analystes qui ont publié courageusement dans un numéro ultérieur du Bulletin. Le contre-argument, écrit en 1951, est signé « Comité pour l’étude des questions sociales », qui reste ainsi à moitié anonyme, me donnant la vision d’une étreinte d’analystes se blottissant dans la sécurité du groupe. Il y a un frisson de terreur chez ces rebelles qui s’épaulent. Leur argumentation est faible et n’aborde pas vraiment ce qui est pour moi le plus cinglant des arguments-de Kubie, nommément que la psychanalyse utilisée dans le commentaire social est « une réaffirmation banale de semi-vérités antiques » (Committee for the study of social issues, 1951).

Oserais-je répondre à la critique cinglante de Kubie sur la banalité et la dilution de la pensée analytique ? Bien, oui. Mais seulement pour dire que naturellement la théorie est diluée. Mais dans la soixantaine d’années écoulées depuis la publication de Kubie, il semble s’être produit ce que je pourrais appeler une émergence nationale de la superficialité, marquée par une simplification de la cause et de l’effet, et l’ignorance ou de la banalisation de la vie intérieure. Fondamentalement, nous pouvons considérer l’absence de quête du sens comme une crise de santé publique. Dans ce climat, je ne m’inquiète pas franchement de savoir si la théorie est diluée ou exagérément simplifiée, et par conséquent, compréhensible par les masses. Je ne vois pas en quoi ceci nous arrête d’effectuer un bon travail analytique, ou inhiberait nos chercheurs de faire avancer la théorie psychanalytique.

Je terminerai en présentant brièvement la controverse de Viola Bernard (1907-1998), sans doute la matriarche du militantisme psychanalytique. Beaucoup plus douce et moins flamboyante dans son utilisation du langage que Kubie, Bernard pointe simplement et directement que : « Les contributions de la psychiatrie et de la psychanalyse à la compréhension des questions sociales peuvent et devraient être faites pour autant que ces questions portent sur la santé mentale et la maladie. En outre, j’ai la conviction que nous avons la responsabilité de rechercher une utilisation efficace de notre compréhension […] Beaucoup estiment que nous devrions nous limiter à nos soucis cliniques traditionnels, de crainte que nous dépassions les limites de notre base de connaissances et compétence professionnelles en élargissant nos frontières pour inclure des problèmes tels que le racisme, la pauvreté ou la guerre. […]. Beaucoup d’autres, parmi lesquels je me situe clairement, sont de plus en plus devenus convaincus que de ces problèmes sociaux sont en rapport avec la santé mentale et la maladie, et c’est pourquoi, nous faillerions à nos propres responsabilités professionnelles si nous […] ne les abordions pas » (Bernard et Kelly, 1998).

PSYCHANALYSE APPLIQUÉE

Je veux situer maintenant, le commentaire psychanalytique et le militantisme psychanalytique sociaux, dans le contexte plus large de la psychanalyse appliquée, un concept plutôt enveloppant qui englobe un certain nombre de tentatives pour amener la psychanalyse hors ou au-delà de la situation clinique. Les différents types de psychanalyse appliquée peuvent être catégorisés comme suit : (1) commentaire social psychanalytique ; (2) militantisme psychanalytique social ; (3) psychanalyse au sein de la communauté ; (4) psychanalyse de la communauté ; (5) interprétation psychanalytique de l’éducation ; (6) utilisation des données pour favoriser le changement social ; (7) développement de la théorie pour appliquer la pensée psychanalytique à la culture.

La psychanalyse au sein de la communauté est en rapport avec l’information et l’offre sur des traitements psychanalytiques dans le cadre de la communauté. En apparence, les services proposés peuvent ne ressembler en rien à l’analyse classique, mais les principes psychanalytiques sont à la base du travail. Par exemple, le « Projet des militaires » de Judith Broder, fournit directement des soins privés et confidentiels aux militaires et leur familles ; le Projet de Mark Smaller de service psychanalytique aux adolescents qui fournit sur site des informations et des traitements psychanalytiques individuels et de groupe à un public d’élèves à haut risque de high-schools (Breu, 2010) ; enfin le Projet de Steve Marens de maintien de l’ordre dans la communauté avec une collaboration à facettes multiples entre analystes et police d’enfant, y compris en accompagnant les patrouilles de police (Marens, 2004).

La psychanalyse de la communauté est un autre type de psychanalyse appliquée. En effet, ici la communauté, ou certains groupes ou sous-ensembles communautaires, est elle-même « le patient, » et l’analyste tente d’effectuer des changements par des interprétations et des interventions psychanalytiques appropriées. Alternativement, l’analyse « de la communauté » se concentre sur la compréhension théorique des processus à caractère communautaire. Les travaux de Stuart Twemlow sur le phénomène du harcèlement de groupe dans les institutions, les villes et les nations et l’étude décisive de Léo Rangell (1980) sur le phénomène de l’ère Nixon qu’il a appelé le « compromis d’intégrité. » sont, parmi de nombreux autres, des exemples de ce type de travail créateur et stimulant.

L’application des idées psychanalytiques à la littérature, aux arts, aux humanités et les sciences sociales – le cinquième type de psychanalyse appliquée – a une longue histoire. Ce type d’analyse appliquée conduit généralement à des contributions à la littérature académique ou psychanalytique. Il existe probablement des milliers d’exemples de ce type de travail. À titre d’illustration, j’en mentionnerai trois, tirés d’une journée du programme scientifique de la réunion nationale de l’APsaA de janvier dernier : un groupe de discussion dirigé par Paul et Anna Ornstein sur Le Procès et « La Colonie Pénitentiaire » de Kafka ; une étude de Susan Scheftel sur la vie et de l’art de Joseph Cornell et le groupe de discussion de Julie Jaffee Nagel sur la psychanalyse et la musique, qui s’est focalisé sur la façon dont Stephen Sondheim caractérise ses personnages à travers la musique et chœurs.

Le sixième type de psychanalyse appliquée – l’utilisation des données pour effectuer le changement social – a, à ma connaissance, seulement un ou deux « praticiens immensément qualifiés ». Richard C. Friedman, lauréat en 2009 du Prix Sigourney, croit que « des croyances irrationnelles peuvent être modifiées par de nouvelles informations. » Friedman combine des idées psychanalytiques avec la recherche extra-psychanalytique, y compris avec des études neurologiques et endocrinologiques, parfois avec des résultats révolutionnaires. Son travail fondateur sur les effets de privation de sommeil sur le fonctionnement de l’interne en médecine a conduit à des modifier les programmes de garde pour des médecins en formation (Friedman et al., 1971). Par la suite, ses recherches et ses publications sur l’homosexualité ont fondamentalement modifié la manière dont la profession psychanalytique perçoit cette question et a influencé la compréhension du développement psychosexuel bien au-delà de la psychanalyse. (Site Internet du Prix Sigourney ; Friedman, 1988). Le travail de Drew Westen (2007), sur l’application des techniques de neuro-imagerie à l’étude de la pensée politique, est un deuxième exemple de ce type d’analyse appliquée.

Le dernier type de psychanalyse appliquée est l’exploration théorique de la signification et de la validité de l’application des idées psychanalytiques aux phénomènes culturels et sociaux – une méta-psychanalyse appliquée, si vous voulez. Un bon exemple en est fourni par l’article de 1991 par Eugene Victor Wolfenstein intitulé « À propos des usages et mésusages de la psychanalyse dans la recherche culturelle ». Dans cet article, Wolfenstein soutient que la psychanalyse est une théorie de la subjectivité d’une grande portée ayant une grande valeur en dehors du cadre clinique. Cependant, quand elle est utilisée pour des interprétations culturelles extra-cliniques, la méthodologie et l’interprétation psychanalytique doivent être modifiées et adaptées aux différentes conditions de l’étude des phénomènes culturels.

Quelle distance par rapport à ma conversation avec un journaliste au sujet de Britney Spears après qu’elle ait rasé sa tête ! Mais, je voudrais soutenir que tous ces sous-ensembles d’analyse appliquée ont leur place dans notre domaine. Après avoir couvert, même brièvement, le champ conflictuel et d’autres types d’analyse appliquée, je voudrais revenir à mon objectif principal.

COMMENT INTERVENIR DANS LA CITÉ PSYCHANALYTIQUE

Les aspects essentiels du commentaire social psychanalytique sont qu’il est herméneutique, c’est à dire, explicatif et interprétatif ; qu’il se concentre sur la motivation ; qu’il inclut, autant que possible, une explication des phénomènes de transfert et de contre-transfert et qu’il souligne et explique les facteurs inconscients ou irrationnels. Le commentaire psychanalytique exige que les psychanalystes emploient une langue commune sans jargon pour parler aux personnes laïques – reporters, public des lecteurs de blogs, journalistes, lecteurs de magazines et de journaux – au sujet d’une grande variété d’événements humains.

Dans son programme, l’analyste doit accomplir trois choses : démontrer l’utilité d’une ou plusieurs idées psychanalytiques en enrichissant la compréhension d’un événement ou d’un sujet ; démontrer que la psychanalyse existe comme une voie vivante et utile de compréhension et montrer que les psychanalystes sont encore vivants et en pleine forme. Et qu’ils ont quelque chose à proposer.

Un exemple récent très impressionnant de commentaire psychanalytique s’est produit à Londres à l’automne 2010, comme élément du programme Au-delà du divan commandité par la Société britannique de psychanalyse. Ce programme vise à propos des commentaires psychanalytiques sur un grand choix de questions d’intérêt général, dans des conférences et colloques ouverts au public. Ce jour-là, le colloque avait pour titre « S’Engager dans le changement climatique : perspectives psychanalytiques ». Les présentations comprenaient « Quelques conséquences psychiques de la découverte de la dette écologique personnelle », « Les Obstacles inconscients à prendre soin de la planète », « Sur l’Amour de la nature et sur la nature humaine », et « Le déni du changement climatique dans une culture perverse. » Bien que savante dans son objectif, ce colloque a fait l’objet d’une promotion énergique auprès du public intellectuel à Londres, et l’histoire a été reprise avec enthousiasme par un journaliste scientifique du New York Times (Revkin, 2010), démontrant de ce fait la portée du commentaire psychanalytique créatif.

Je veux en particulier distinguer, comme un véritable tour-de-force[3] de commentaire psychanalytique, un article de Vamik Volkan et Christopher Fowler (2009) qui, dans une perspective particulièrement ample, fournit des interprétations psychanalytiques du nazisme et de l’apartheid Sud-Africain et de sa cicatrisation, du narcissisme brisé de Nixon et de ses conséquences désastreuses, du passé traumatique de Milosevic (et de son épouse avec ses deuils non élaborés), de la Guerre d’Indépendance grecque, et d’autres encore. Et cela ne couvre pas même le but principal de l’article. Volkan et Fowler, écrivant pour des psychiatres généralistes, expliquent qu’une forme particulièrement pernicieuse de narcissisme malin des grand groupes se développe quand les membres d’un grand groupe partagent une croyance régressive que les « autres inférieurs » souillent la supériorité de leur groupe ; ils se sentent alors en droit d’employer un sadisme partagé afin de tuer ou d’opprimer les autres inférieurs.

Peu d’entre nous pourront jamais atteindre les hauteurs de Volkan et de Fowler, mais les efforts modestes sont également de grande valeur.

De manière convaincante, Volkan et Fowler indiquent que « l’acteur rationnel » modèle qui a été prééminent en science politique est de plus en plus modifié pour incorporer la dimension de l’irrationnel (Volkan et Fowler, 2009, p. 221). Un même phénomène a été observé dans les sciences économiques, avec l’ascension de l’économie comportementale pour tenter de corriger une vue hyper-rationnelle de « l’homo economicus » qui a conduit à des prédictions erronées.

Peut-être, plutôt nous soyons au crépuscule de notre discipline, est-ce réellement notre heure d’être le plus largement utiles.

QUESTIONS ÉTHIQUES

Certaines questions éthiques sont soulevées régulièrement dans l’arène du commentaire psychanalytique, dans la cité elles relèvent d’une histoire intéressante. Fondamentalement le problème est le suivant : il est très tentant pour nous de proposer des conclusions diagnostiques, prédictions et des évaluations sur la vie intérieure des personnages publics.

Voici une histoire probablement familière à bon nombre d’entre vous. En 1964, le sénateur Barry Goldwater s’était porté candidat à la présidence contre Lyndon Johnson. C’était à l’acmé de la guerre froide, et beaucoup étaient préoccupés de ce que Goldwater pourrait être un président dangereux. Le magazine Fact, maintenant disparu (et ce n’est pas un hasard), avait prétendument enquêté auprès d’un millier de psychiatres, membres de l’Association psychiatrique américaine, en leur demandant si Goldwater était mentalement apte à assumer la plus haute charge de la nation. De nombreux psychiatres ont répondu à l’enquête. Certains commentaires publiés décrivaient le candidat républicain comme « manifestement psychotique » et « paranoïde. ». Le magazine a rassemblé ces points de vue dans un numéro intitulé « L’Inconscient d’un conservateur : un numéro spécial sur le psychisme de Barry Goldwater » (Boronson, 1964).

Il est intéressant de relever, d’un point de vue juridique, que Goldwater a gagné son procès en diffamation contre Fact[4]. En réponse à ces événements, ce que l’on a appelé la « règle de Goldwater » s’est imposée. Nombre d’institutions majeures du champ de la santé mentale ont ajouté un amendement à leurs codes d’éthique pour interdire explicitement à leurs membres de donner des opinions professionnelles sur des personnes qu’ils n’avaient pas personnellement interviewées. À ce jour, cependant, le code de déontologie de l’APsaA ne contient pas de disposition aussi explicite, et il existe un désaccord pour savoir où il faudrait le placer. Parmi les questions soulevées par ce problème relevons : « Comment situer la psychobiographie ? » et « Comment distinguer le commentaire public utile de la spéculation psychanalytique non éthique ? »

De toutes manières, les choses ne sont pas aussi simples. Considérons le cas d’Eliot Spitzer[5] et de son épouse Silda. Des photos du couple à l’heure de la démission du gouverneur, aussi bien que de nouveaux rapports sur ses actes, ont fourni un matériel abondant sur lequel un psychanalyste pourrait être tenté de spéculer.

Dans un article du JAMA[6] de 2008, Richard A. Friedman (à ne pas confondre avec Richard C. cité ci-dessus) a fait une revue de la règle de Goldwater par une discussion soigneusement argumentée de l’éthique de ces situations. Considérant le cas de Spitzer, il écrit : « Un psychiatre qui aurait discuté de traits de caractère narcissiques communs, tels qu’être assuré d’avoir raison et le sentiment d’être différent et hors de portée des règles ordinaires, et aurait montré qu’ils pourraient éclairer le comportement de Spitzer ne violerait pas la Règle de Goldwater. Le psychiatre doit seulement indiquer que lui ou elle n’a aucune relation professionnelle avec le personnage public » (p. 1349). Ce découpage de cheveux en quatre, qui est en effet la norme éthique actuelle, me laisse perplexe Il n’est pas évident pour quiconque lirait les commentaires de ce psychiatre hypothétique de percevoir qu’il estime en fait que Spitzer est narcissique, qu’il est assuré d’avoir raison et pense qu’il est différent ?

Je ne me sens pas très à l’aise. Je crois personnellement que nos normes éthiques devraient nous interdire explicitement des avis au sujet des personnages publics qu’on n’a pas interviewés ou examinés. Autant que possible, j’essaye de décaler mon récit vers quelque chose où je me sens à l’aise pour parler sans m’approcher de la limite de la préoccupation éthique. Par exemple, quand Al et Tipper Gore ont annoncé qu’ils se séparaient, j’ai eu toutes sortes de fantaisies à leur propos. Mais, à l’inverse, sur mon blog de Psychology Today j’ai discuté de l’effet que produisait sur nous, le public, des informations qui faisaient tomber de son piédestal un couple parental idéalisé (Gourguechon, 2010b). Quand un journaliste m’a demandée de commenter le fait que Britney Spears avait rasé sa tête, j’ai eu une grande conversation avec elle sur les significations symboliques et inconscientes liés aux cheveux et aux questions connexes sur la puissance et l’impuissance.

MILITANTISME PSYCHANALYTIQUE

Dans le commentaire psychanalytique, nous essayons de transmettre la valeur de la pensée psychanalytique. Dans le militantisme psychanalytique, un analyste individuel ou un groupe d’analystes plaide en faveur d’une cause ou d’une position.

Le bon militantisme psychanalytique devrait étayer ses arguments sur des fondements solides de psychanalyse ou de santé mentale. Par exemple, dans la recommandation de l’APsaA sur l’intimité, nous soulignons que la mise en place d’un traitement de santé mentale implique, pour réussir, que le patient face l’expérience de la confidentialité absolue.

Prudence L. Gourguechon

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[1] Discours présidentiel en séance plénière, National Meeting, Association psychanalytique américaine, New-York, 15 janvier 2011) Publication originale : The citizen psychoanalyst: psychoanalysis, social commentary, and social advocacy, Journal of the American Psychoanalytic Association, vol. 59, n° 3 (2011), pp. 445-470, traduction française de Samuel Lepastier

[2] Il faut relever cependant que, relu par l’auteur et largement cité dans des blogs, ce paragraphe semble avoir été enlevé dans les versions archivées de l’histoire dans le New-York Times.

[3] En français dans le texte original (note du traducteur).

[4] Voir http://openjurist.org/414/f2d/324/goldwater-v-ginzburg

[5] Gouverneur démocrate de l’Etat de New York, contraint à la démission en 2008, peu après qu’il ait dénoncé publiquement le rôle des banques dans la crise des subprimes (14 février), à la suite d’un article du New York Times du 1er mars révélant sa fréquentation d’un réseau de call-girls auprès desquelles il aurait dépensé 80000 dollars. (Note du traducteur)

[6] Journal of the American Medical Association (note du traducteur).

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